Le départ
M. Szymanowska
Tu fuis, cruel, et j'expire:
Pardonne à ma foible voix
D'oser encore de redire
Ce qu'elle a dit tant de fois.
Rassure ton âme émue,
Regarde-moi sans frémir;
On doit supporter la vue
De ceux que l'on fait mourir.
Je t'aimai sans être aimée,
Jamais je n'en eus l'espoir;
Mais à mon ame charmée
Il suffisoit de te voir.
Hélas! ta seule présence
Suspendait tous mes tourments;
Je ne comptais d'existence
Que ces rapides moments.
Reçois du moins sans colère
Les adieux de l'amitié;
Trembles-tu que ma misère
T'inspire de la pitié?
Non, non, tu n'as rien à craindre
En m'accordant un regard:
Va, je ne suis point à plaindre,
Je meurs avant ton départ.