Je rêve de vers doux
M. Touchard
Je rêve de vers doux et d'intimes ramages,
De vers à frôler l'âme ainsi que des plumages,
De vers blonds où sens fluide se délie
Comme sous l'eau la chevelure d'Ophélie,
De vers silencieux, et sans rythme et sans trame
Où la rime sans bruit glisse comme une rame;
De vers d'une ancienne étoffe exténuée,
Impalpable comme le son et la nuée;
De vers de soirs d'automne ensorcelant les heures,
Au rite féminin des syllabes mineures,
De vers de soirs d'amour énervés de verveine,
Où l'âme sente ex qui se une caresse à peine
Et qui, au long des nerfs baignés d'ondes câlines,
Meurent à l'infini en pamoisons félines
Comme un parfum dissous parmi des tiédeurs closes,
Violes d'or et pianissim'amorose.
Je rêve de vers doux mourant comme des roses.