Écoute le cri des vendanges

M. Vredenburg

Écoute le cri des vendanges

Qui monte du pressoir voisin,

Vois les sentiers rocheux des granges

Rougis par le sang du raisin.

Regarde au pied du toit qui croule:

Voilà, près du figuier séché,

Le cep vivace qui s'enroule

À l'angle du mur ébréché!

L'hiver noircit sa rude écorce;

Autour du banc rongé du ver,

Il contourne sa branche torse

Comme un serpent frappé du fer.

Autrefois, ses pampres sans nombre

S'entrelaçaient autour du puits,

Père et mère goûtaient son ombre,

Enfants, oiseaux, rongeaient ses fruits.

Il grimpait jusqu'à la fenêtre,

Il s'arrondissait en arceau;

Il semble encor nous reconnaître

Comme un chien gardien d'un berceau.

Sur cette mousse des allées

Où rougit son pampre vermeil,

Un bouquet de feuilles gelées

Nous abrite encor du soleil.