Puisqu'ici-bas toute âme

Maria-Eduarda Mendes Martins

Puisqu'ici-bas toute âme

Donne à quelqu'un

Sa musique, sa flamme,

Ou son parfum;

Puisqu'ici-bas chaque chose

Donne toujours

Son épine ou sa rose

A ses amours;

Puisqu'avril donne aux chênes

Un bruit charmant;

Que la nuit donne aux peines

L'oubli dormant.

Puisque l'air à la branche

Donne l'oiseau;

Que l'aube à la pervenche

Donne un peu d'eau;

Puisque, lorsqu'elle arrive

S'y reposer,

L'onde amère à la rive

Donne un baiser;

Je te donne, à cette heure,

Penché sur toi,

La chose la meilleure

Que j'ai en moi!

Reçois donc ma pensée,

Triste d'ailleurs,

Qui, comme une rosée,

T'arrive en pleurs!

Reçois mes voeux sans nombre,

O mes amours!

Reçois la flamme ou l'ombre

De tous mes jours!

Mes transports pleins d'ivresses,

Pur de soupçons,

Et toutes les caresses

De mes chansons!

Mon esprit qui sans voile

Vogue au hazard,

Et qui n'a pour étoile

Que ton regard!

Ma muse, que les heures

Bercent rêvant

Qui, pleurant quand tu pleures,

Pleure souvent!

Reçois, mon bien céleste,

O ma beauté,

Mon cœur, dont rien ne reste,

L'amour ôté!