À l'aube dans la montagne
Marie-Joseph-Alexandre Déodat de Séverac
Le long du ciel grenat, d'un grenat d'iris, et roux,
d'un roux à peine émeraudé,
les cimes s'éveillent une à une,
nimbées de gaze brodée d'opales et de poussières d'or.
Quelques nuages ténus oubliés
par la brise se sont attardés aux caresses grisantes des bruyères;
Les vallées dans des voiles de lys poudrés de lilas,
semblent errer autour des peupliers qui fusent à l'infini
vers le regard narquois de la lune.
Peu à peu, l'horizon s'affirme en des gestes de flamme
qui planent un instant et s'essorent
vers les plaines baignées de sommeil;
et des sommets ensanglantés,
un ruissellement de rubis se précipite le long des roches
Les grives stridulent dans les taillis
vers les échos rieurs.
Et les voiles errants se déchirent et se fondent,
poussières d'iris, dans l'orfèvrerie des haies.
Lors, une rumeur de joie s'élève des hameaux
et des villes et soudain triomphant, l'astre Dieu paraît!