Les Huns
Marie-Joseph-Alexandre Déodat de Séverac
La horde, à l'aube cheminait
par monts et plaines
Sous le soleil qui rayonnait
à flammes pleines.
Graves et farouches
chevelus et bruns
clamant, de leurs larges bouches,
marchaient les Huns!
Et dans l'espace
haut-sonnaient leurs cantilènes.
Au bord d'un fleuve devant eux,
par la rosée,
trouvèrent deux cent mille preux
en chevauchée.
Sous des peaux de bêtes,
roux, fronts durs, yeux grands,
partis pour d'almes conquêtes,
c'étaient les Francs!
Ils chevauchaient,
aventureux,
lances dressées.
Pressant leurs grêles destriers,
masses légères,
Les Huns, sus à ces lourds guerriers,
prompts s'élancèrent.
Vive, droite oblique,
la horde ondulant,
courait, tuait, diabolique,
passait hurlant!
Partout volaient
coups meurtriers,
plaintes de guerres.
Sous l'astre-dieu dardant, puissant,
ses rais de gloire,
Le fleuve se teignit de sang,
de fange noire.
Aux chocs des armées,
les guerriers tombaient
dans l'onde avide, animée,
qui les happait!
Le fleuve
en vague d'océan
muait sa moire.
Or quand les Huns furent passés
à la vesprée,
Les Francs roulaient tous submergés
en l'eau pourprée.
Sur ces morts rigides,
graves, des cieux hauts,
plongeaient en chutes rapides,
les noirs corbeaux!
Des chairs crissant,
des os brisés
l'or de curée.