Dans la forêt de Septembre
Michel Bosc
Ramure aux rumeurs amollies,
Troncs sonores que l'âge creuse,
L'antique forêt douloureuse
S'accorde à nos mélancolies.
Ô sapins agriffés au gouffre,
Nids déserts des branches brisées,
Halliers brûlés, fleurs sans rosées,
Vous savez bien comme l'on souffre!
Et lorsque l'homme, passant blême,
Pleure dans le bois solitaire,
Des plaintes d'ombre et de mystère
L'accueillent en pleurant de même.
Bonne forêt! promesse ouverte
De l'exil que la vie implore!
Je viens d'un pas vivace encore
Dans ta profondeur encor verte,
Mais, d'un fin bouleau de la sente,
Une feuille, un peu rousse, frôle
Ma tête, et tremble à mon épaule;
C'est que la forêt vieillissante,
Sachant l'hiver, où tout avorte,
Déjà proche en moi comme en elle,
Me fait l'aumône fraternelle
De sa première feuille morte.