Élégie

N. Boulanger

Une douceur splendide et sombre

Flotte sous le ciel étoilé.

On dirait que, là-haut, dans l'ombre

Un paradis s'est écroulé.

Et c'est comme l'odeur ardente,

L'odeur fiévreuse dans l'air noir,

D'une chevelure d'amante

Dénouée à travers le soir.

Tout l'espace languit de fièvres

Du fond des cœurs mystérieux

S'en viennent mourir sur les lèvres

Des mots qui font fermer les yeux.

Et dans ma bouche où s'évapore

Le parfum des bonheurs derniers

Et de mon cœur vibrant encore

S'élèvent de vagues pitiés.

Pour tous ceux-là, qui, sur la terre,

Par un tel soir tendant les bras,

N'ont point dans leur cœur solitaire

Un nom à sangloter tout bas.