S'il arrive jamais

N. Boulanger

S'il arrive jamais

Que nous soyons, sans le savoir,

Souffrance ou peine ou désespoir,

L'un pour l'autre; s'il se faisait

Que la fatigue ou le banal plaisir

Détendissent en nous l'arc d'or du haut désir;

Si le cristal de la pure pensée

Doit en nos cœurs tomber et se briser,

Si malgré tout, je me sentais

Vaincu pour n'avoir pas été

Assez en proie à la divine immensité

De la bonté;

Alors, oh! serrons-nous comme deux fous sublimes

Qui sous les cieux cassés, se cramponnent aux cimes

Quand même -- et d'un unique essor,

L'âme en soleil, s'exaltent dans la mort.