Autant qu’on voit aux cieux de flammes

N. La Grotte

Autant qu'on voit aux cieux de flammes

Dorer la nuit de leur clartés,

Autant voit on icy de dames

Orner ce soir de leurs beautez:

Autant qu'on void dans une prée

De beautés peintes sur les fleurs,

Autant ceste troupe sacrée

Est belle de mille couleurs.

La Cyprine et ses Graces nues,

Se dérobans de leur sejour,

Sont au festin icy venues

Pour de la nuit faire un beau jour.

Ce ne sont point femmes mortelles

Qui vous esclairent de leurs yeux,

Ce sont déesses eternelles

Qui pour un jour quittent les cieux.

Quand amour perdroit ses flammeches

Et ses dardz trampez de soucy,

Il trouveroit assez de fleches

Aux yeux de ces dames icy.

Amour qui cause noz détresses

Par la cruauté de ses dardz

Fait son arc de leurs blondes tresses

Et ses fléches de leurs regardz.

Il ne faut plus que l'on desire

Qu'autre saison puisse arriver,

Voicy un printems qui soupire

Les fleurs au milieu de l'hyver.

Ce moys de Janvier qui surmonte

Avril par la vertu des yeux

De ces damoyselles, fait honte

Au printems le plus gratieux.

Le grand Dieu archer du tonnerre

Puisse sans moy l'air habiter,

Il me plait bien de voir en terre

Ce qui peut blesser Juppiter.

Les dieux épris comme nous sommes

Pour l'amour quittent leur sejour:

Mais je ne voy point que les hommes

Aillent la haut faire l'amour!