L'amour

N. Reber

Dans le sentier, la violette

Epanche son urne discrète

Sur les touffes des verts gazons.

Viens, ma belle, et tous deux causons!

Avec des mots plus doux encore

Que ces parfums qui de l'aurore

Annoncent le joyeux retour,

Viens! ma belle, parlons d'amour!

Sous ces ombres entremêlés,

Où, gazouillant dans les feuillées,

La fauvette appelle nos pas,

Viens, ma belle, et causons tout bas;

Avec des mots plus doux encore

Que ces chansons qui de l'aurore

Annoncent le joyeux retour,

Viens! ma belle, parlons d'amour!

Mais d'où vient que la violette

A fermé son urne discrète;

Qu'effrayée au bruit de mes pas,

La fauvette ne chante pas.

C'est que maintenant dans la vie,

Refermant mon âme trahie,

Je marche seul au hasard,

Le cœur éteint comme un viellard!

Ah! C'est que l'encens des violettes,

Le doux ramage des fauvettes

Et le reflet doré du jour;

Hélas! hélas! c'était l'amour!