Ninette
N. Reber
Sur les flots de Sorrente,
Quand ma barque indolente,
Dans la nuit transparente
Me berce tout rêveur,
Aux vents du soir je jette
Ton doux nom, ma Ninette;
Et l'écho ne répète
Qu'un murmure moqueur.
Car, sourde à ma tendresse,
A ma voix qui te presse,
Tu laisses ta jeunesse
S'envoler sans retour;
Et le temps, ô ma belle,
Emporte sur son aile,
Et mon cœur qui t'appelle
Et ton cœur sans amour!
Ninette, après ma vie,
Ma pauvre âme banie
Reviendra, ma chérie,
Aimante comme moi;
Et, sur la plage assise
Tu verras dans la brise
Une forme indécise
Flotter autour de toi.
Peut-être alors pensive,
Dans ta pitié tardive,
Ta voix triste et plaintive
M'appellera tout bas --
Mais mon âme qu'enlève
Le souffle de la grève
Passera comme un rêve,
Et ne répondra pas.