Alors qu'ondule au loin le seigle en nappe blonde

N. Rimsky-Korsakov

Alors qu'ondule au loin le seigle en nappe blonde

Et que le bois frémit au bruit d'un vent léger,

Et que se cache aux yeux la prune déjà ronde

Dans l'ombre qu'elle emprunte aux feuilles du verger,

Quand la rosée ayant semé ses larmes,

Aux soirs d'un clair printemps ou dès l'éveil du jour,

Sous les buissons de hêtres et de charmes,

Le blanc muguet parait trembler d'amour;

quand la fraîche source anime la ravine

Et que, l'esprit hanté d'un rêve obscur encor,

Je me récite un conte où se devinent

La paix des champs et leur premier essor;

Alors la crainte en moi s'apaise d'elle-même,

Mon front dressé s'éclaire et n'a plus un seul pli,

Je vois du vrai bonheur les vœux presque accomplis,

Et dans les cieux l'Être suprème.