Repose, pauvre amie

N. Rimsky-Korsakov

Repose, pauvre amie! Enfin voici la nuit

Qui des ardeurs du soir finit la lute vaine,

Bergers, troupeaux et chiens regagnent leurs réduits,

Et la poussière gît sur la déserte plaine.

Que l'ange du sommeil descende, ailé, des cieux,

Et qu'il te mène en paix au seuil d'une autre vie!

Souvent il m'a calmé comme un aimi joyeux;

Repose, chère enfant, à lui je te confie.

Aux cœurs meurtris, il sert le baume de l'oubli,

L'angoisse au dard aigu, de l'âme il la retire;

L'ennui pesant et froid dont l'ombre nous remplit,

Jusqu'au matin s'allègre et cède à son sourire.

Tu souffres, tout le jour, des luttes sans répit;

Les gens à l'œil pervers et leurs discours te lassent...

Sommeille, mon enfant, entre eux et ton esprit,

Son aile s'est ouvert et sa bonté t'enlace.