Berceuse
N. Shcherbachyov
Sommeille, pauvre enfant, déjà la sombre nuit,
Au bout du ciel en feu, resserre l'embrasure;
Bergers, troupeaux et chiens regagnent leurs réduits,
Et la poussière gît sur la campagne obscure...
Ah! vienne l'ange ailé, celui des songes bleus!
Et qu'il te mène en paix au seuil d'une autre vie!
Souvent il m'a calmé comme un ami joyeux,
Repose dans ses bras! A lui mon cœur se fie.
En l'âme des souffrants, il fait entrer l'oubli;
L'angoisse au dard cruel évite son sourire;
L'ennui pesant et froid, dont l'ombre nous remplit,
S'enfuit jusqu'au matin et cède à son empire.
Languir, hélas! toujours, lutter avec son cœur,
Se clore aux yeux jaloux, c'est vivre, point de trêve!
Sommeille, mon enfant, le monde et ta douleur
S'éloignent dans la nuit sous l'aile d'un beau rêve.