Vieille chanson du jeune temps

Napoléon-Henri Reber

Je ne songeais pas à Rose;

Rose au bois vint avec moi;

Nous parlions de quelque chose,

Mais je ne sais plus de quoi.

J'étais froid comme les marbres;

Je marchais à pas distraits;

J'ai parlais des fleurs, des arbres;

Son œil semblait dire: «Après?»

La rosée offrait ses perles,

Le taillis ses parasols;

J'allais; j'écoutais les merles,

Et Rose les rossignols.

Moi, seize ans, et l'air morose,

Elle, vingt; ses yeux brillaient,

Les rossignols chantaient Rose

Et les merles me sifflaient,

Rose droite sur ses hanches,

Leva son beau bras tremblant

Pour prendre une mûre aux branches;

Je ne vis pas son bras blanc.

Une eau courait, fraîche et creuse,

Sur les mousses de velours;

Et la nature amoureuse

Dormait dans les grands bois sourds.

Rose défit sa chaussure,

Et mit, d'un air ingénu,

Son petit pied dans l'eau pure;

Je ne vis pas son pied nu.

Je ne savais que lui dire;

Je la suivais dans les bois,

La voyant parfois sourire

Et soupirer quelquefois.

Je ne vis qu'elle était belle

Qu'en sortant des grands bois sourds.

« Soit, n'y pensons plus!» dit-elle.

Depuis j'y pense toujours.