Lever de soleil
Nikolai Nikolayevich Cherepnin
Ce n'est pas un nuage où le tonnerre dort,
C'est l'escadron du tzar de Moscou, du Terrible,
Qui jaillit, comme un vol de grains rompant le crible.
D'à travers les forêts du Nord!
Comme l'eider à l'aile avide
Franchit l'Océan hérissé,
La Force russe a traversé
La steppe impénétrable et vide,
Et voici qu'en l'illustre empire de Kasan,
Chez le féroce Khan, chez le Tatar athée,
Elle entre et dit: « C'est moi » sans qu'on l'ait invitée,
Boïard, Kosak et paysan.
Et l'horizon se rose à peine
Qu'elle égorge les Turcs épars,
Et sur les débris des remparts
Par la ville elle se promène,
Et lorsque, piétinant le carnage vermeil,
Les chevaux ont du sang jusques à la crinière,
Se lève sur la tour en l'or de sa bannière
Le jeune Tsar, comme un soleil!