L'ondine
P. Bréville
Un soir d'automne, je vis l'Ondine qui sourit au fond des fjords.
Sa voix ruissela dans le silence tiède.
« Donne-moi des roses, des roses pour ma chevelure.
« Ma chevelure est pareille au reflet de la lune sur les ondes.
« Donne-moi des roses pour ma chevelure. »
Je cueillis les églantines qui blanchissent les vallées,
Et je les semai sur les flots. « Et toi,
que me donneras-tu en échange de mes roses?
-- Je ne te donnerai rien. »
Un soir d'automne, je vis l'Ondine qui sourit au fond des fjords.
« Donne-moi des fruits pour le festin des Sirènes
et des Noyés...
« Ils se meuvent avec lenteur et leurs mouvements ont le rythme
des marées.
« Leur âme est pareille à une conque où vibre
éternellement le remous de la mer.
« Ils ne se souviennent d'aucun amour. »
Je cueillis les baies sauvages qui rougissent la montagne,
Et je les semai sur les flots.
« Ne me donneras-tu rien en échange des fruits de la montagne?
-- « N'espère rien de moi. Je suis Celle qui ne donne jamais.
Mais plutôt, jette dans mes mains tendues le collier d'or que jadis
t'apporta l'Être aimé.
« Car les Noyés m'apparaissent au fond de la brume, et leurs
gestes suppliants me convient au festin... »
J'ôtai le collier d'or et je l'égrenai sur les flots.
« Donne-moi tes yeux, afin que tes regards ne soient jamais ravis par
aucune autre vision de beauté...
« Car les Noyés m'apparaissent dans la brume et leurs gestes
suppliants me convient au festin. »
J'arrachai mes yeux qui sombrèrent au fond des flots.
« Donne-moi ton âme, afin que tu deviennes pareille aux
Noyés, mes amants, qui ne se souviennent d'aucune tendresse
humaine... »
Et mon âme s'abîma dans les flots.
Je lui criai dans la brume:
« Ne me donneras-tu rien en échange de mon âme
immortelle?
-- « Je ne te donnerai rien. »