Le secret

P. Bréville

Prends garde. Si tu veux parler à ma tristesse,

Ne lui demande pas le secret de ses pleurs,

Ni pourquoi son regard se détourne et s'abaisse

Et se fixe longtemps sur le pavé sans fleurs.

Pour distraire son mal, sa peine et son silence,

N'évoque de l'oubli taciturne et glacé

Nul fantôme d'amour, d'orgueil ou d'espérance

Dont le visage obscur soit l'ombre du passé.

Parle-lui du soleil, des arbres, des fontaines,

De la mer lumineuse et du bois ténébreux

D'où monte dans le ciel la lune souterraine,

Et de tout ce qu'on voit quand on ouvre les yeux.

Dis-lui que le printemps porte toujours des roses

En lui prenant les mains doucement, et tout bas,

Car la forme, l'odeur et la beauté des choses

Sont le seul souvenir dont on ne souffre pas.