Prières pour la France

P. Bréville

Dieu des Chrétiens, Dieu véritable,

En qui très humblement je crois,

Dieu du Calvaire et de l'Étable,

Dieu de la Crèche et de la Croix,

Dieu des souffrants, né sur la paille

Et mort sur un gibet affreux,

Regarde... La France défaille,

Et nous sommes bien malheureux!

Un vent de discorde désole

Ce pays aux douces saisons

Où le bon grain de ta parole

Jadis donna tant de moissons;

Où, dans une simple fillette,

Ta puissance se révéla,

Quand Geneviève et sa houlette

Ont fait reculer Attila;

Où - merveille encor plus étrange! -

Tu prêtas, contre l'ennemi,

Le glaive enflammé de l'archange

A la vierge de Domrémy.

Hélas! La France qui fut tienne

Depuis trop longtemps fuit ta loi;

Mais son âme toujours chrétienne

Dans l'angoisse revient vers toi.

Oui, les dalles de ton église,

Nous les userons à genoux!...

Mais notre patrie agonise.

Sauve-nous, Seigneur, sauve-nous!

Vois. Tous les coeurs sont lourds de haine,

On respire une odeur de sang,

Et la catastrophe est prochaine...

Pitié! pitié! Dieu tout-puissant!

Qu'un soudain éclair de ta foudre,

Pendant qu'il en est temps encor,

Jette à terre et réduise en poudre

L'idole infâme, le Veau d'or.

Calme le pauvre plein d'envie,

Qui gronde aux portes du festin,

Et donne aux heureux de la vie

Le coeur du Bon Samaritain.

Cette noble France, tu l'aimes;

Elle a fait ton geste souvent.

Protège-nous contre nous-mêmes.

Fais un miracle, ô Dieu vivant!

Rends-nous vraiment égaux et frères,

Sous un ciel pacifique et doux;

Et, si c'est l'orage des guerres

Qui menace, ô Jésus, rends-nous

La foi du soldat catholique

A qui le trépas semble beau,

S'il voit ton Paradis mystique

A travers les trous du drapeau!

Arrête-nous au bord du gouffre.

Pour Noël, divin nouveau-né,

Dis-nous que ce peuple qui souffre,

Par toi n'est pas abandonné.

Car, cette nuit, fils de Marie,

Tel qui prétend ne croire à rien

Malgré lui sent son coeur qui prie

Et se retrouve un peu chrétien.

Vois, dans ces heures menaçantes,

Les pauvres mères tout en pleurs

Joindre les deux mains innocentes

D'un petit enfant sous les leurs,

Et vers les clartés sidérales

Et les abîmes effrayants,

Toutes nos vieilles cathédrales

Tendre leurs clochers suppliants!