C'est moi

P. Duchambge

Si ta marche attristée

S'égare au fond d'un bois,

Dans la feuille agitée

Reconnais-tu ma voix?

Et dans la fontaine argentée,

Crois-tu me voir quand tu te vois?

Qu'une rose s'effeuille,

En roulant sur tes pas,

Si ta pitié la cueille,

Dis! ne me plains-tu pas?

Et de ton sein, qui la recueille,

Mon nom s'exhale-t-il tout bas?

Qu'un léger bruit t'éveille,

T'annonce-t-il mes vœux?

Et si la jeune abeille

Passe devant tes yeux,

N'entends-tu rien à ton oreille?

N'entends-tu pas ce que je veux?

La feuille frémissante,

L'eau qui parle en courant,

La rose languissante,

Qui te cherche en mourant;

Prends-y garde, ô ma vie absente!

C'est moi qui t'appelle en pleurant.