Le Jardin de ma fenêtre

P. Duchambge

Jardin de ma fenêtre,

Ma seule terre à moi,

Avril t'a fait renaître;

N'est-il bon que pour toi!

Tes fleurs moins chancelantes,

Se reparlent tout bas;

Et moi, je sais deux plantes,

Qu'il ne réunit pas!

Combien de jours de fête,

Ont regardé mes pleurs,

Sans relever ma tête,

Pensive sur tes fleurs!

Mais celui qui fait l'heure,

Compte mon temps amer;

Il voit dans ma demeure

Comme il voit dans la mer.

Ce soir, une hirondelle,

Qui revenait des cieux,

A frôlé de son aile

Tes bouquets gracieux;

Ta fraîche palissade

A tremblé sous son cœur;

Vient-elle en ambassade

De la part du bonheur?

Sans lune et sans étoile,

Quand la nuit teint les flots,

J'allume sous ton voile,

Ma lampe aux matelots,

Afin que l'humble flamme

Qui s'épuise ardemment,

Comme un peu de mon âme,

Attire mon amant!

Mais du port, si le phare

Mourait avant le jour,

Au marin qui s'égare,

Montre au loin mon séjour;

Dis-lui qu'à ma fenêtre,

Toujours comme aujourd'hui,

Les fleurs qu'il a fait naître,

S'illuminent pour lui!

Dans la nuit implorée,

Qui le ramènera,

Vers ma vitre éclairée,

Son âme montera.

Fais qu'après ma neuvaine,

Au bout d'un an perdu,

Ma lampe le ramène

À mes bras suspendu.