Le Page
P. Duchambge
J'ai quitté le village
et ma mère et ma soeur
pour être premier page,
page de Monseigneur!
Quelle noble opulence
dans ce vaste chateau,
que de magnificence,
que tout m'y semble beau!
Et pourtant je regrette
la chaumière qu'Annette
avec nous habitait,
je regrette en secret
la chaumière qu'Annette
avec nous habitait.
Le matin dans la plaine
sur mon blanc destrier,
je suis la châtelaine
et lui sert d'écuyer.
Dieux! que j'ai bonne mine
en pourpoint de velours,
quand l'or sur ma poitrine
brille en mille contours!
Et pourtant je regrette
la fleur des champs, qu'Annette
tous les jours y plaçait.
Je regrette en secret
la fleur des champs, qu'Annette
tous les jours y plaçait.
Le soir pour nous distraire
châtelaine, par fois
sur sa harpe légère
d'amour redit les loix.
Voix fraiches et jolies
répêtent ses accents,
leurs douces mélodies
énivrent tous mes sens.
Et pourtant je regrette
la simple chansonnette,
que Annette me chantait.
Je regrette en secret
la simple chansonnette,
que Annette me chantait.
Dame de haut lignage
que je n'ose nommer
me dit un soir: Beau page,
ne veux tu pas m'aimer?
Je veux être ta Dame
et te dons amoureux,
saurai payer ta flamme!
Je devrais être heureux.
Et pourtant je regrette
le seul baiser qu'Annette
en partant me donnait.
Je regrette en secret
le seul baiser qu'Annette
en partant me donnait.