Le sommeil de l'amour

P. Kochs

Les roses s'endormaient au profond du jardin,

Dans le silence bleu de la lune endormie,

Quand, las, pour son sommeil cherchant une ombre amie,

Erôs parmi les fleurs s'est abattu soudain.

Ô miracle! au contact du dormeur enfantin

Tout s'éveille: un désir monte en cette accalmie;

Un rayon vient du dieu baiser la chair blémie;

Les fleurs tendent vers lui leurs lèvres de salin.

Sous l'abandon des bras, sous la langueur des hanches,

Les rosiers en amour ont assoupli leurs branches

Pour faire à son corps tiède un berceau parfumé;

Et l'on voit, — harmonie et caresse des choses, —

Se joindre et se confondre en un frisson pâmé

Le bleu du clair de lune et le rose des roses.