L'Hirondelle et le Prisonnier
P. Scudo
Hirondelle gentille,
Voltigeant à la grille
Du cachot noir,
Vole, vole sans crainte;
Au tour de cette enceinte;
J'aime à te voir!
Légère, aérienne,
Dans ta robe d'ébène
Lorsque le vent
Soulève sous ta plume,
Comme un flocon d'écume,
Ton corset blanc.
D'où viens-tu? qui t'envoie
Portant si douce joie
Au condamne?
O charmante compagne
Viens-tu de la montagne
ou je suis né?
Viens-tu de la patrie
Eloignée et chérie
Du prisonnier?
Fée aux luisantes ailes,
Conte-moi des nouvelles
Du vieux foyer.
O dis-moi si la mousse
Est toujours aussi douce,
Et si, parfois,
Au milieu du silence
Le son du corps s'élance
Au fond des bois?
Si la blanche aubepine
Au haut de la coline
fleurit toujours!
Dis-moi si l'hommées père
Encor sur cette terre
Quelques beaux jours:
Il pleut, la nuit est sombre
Le vent souffle dans l'ombre
De la prison
Hélas pauvre petite
As-tu froid? entre vite
Au noir donjon....
Tu t'envoles! J'y songe:
C'est que tout est mensonge,
Espoir heurté;
Il n'est dans cette vie
Qu'un bien, digne d'en vie,
La liberte!