Nanny
Paul d'Estribaud
Bois chers aux ramiers, pleurez, doux feuillages,
Et toi, source vive, et vous, frais sentiers;
Pleurez, ô bruyères sauvages,
Buissons de houx et d'églantiers.
Du courlis siffleur l'aube saluée
Suspend au brin d'herbe une perle en feu;
Sur le mont rose est la nuée;
La poule d'eau nage au lac bleu.
Pleurez, ô courlis; pleure, blanche aurore;
Gémissez, lac bleu, poules, coqs pourprés;
Vous que la nue argente et dore,
O claires collines, pleurez!
Printemps, Roi fleuri de la verte année,
Ô jeune Dieu, pleure! Été mùrissant,
Coupe ta tresse couronnée;
Et pleure, Automne rougissant.
L'angoisse d'aimer brise un coeur fidèle.
Terre et ciel, pleurez! Oh! Que je l'aimais!
Cher pays, ne parle plus d'elle;
Nanny ne reviendra jamais!