O Pucelle plus tendre

Pierre Cléreau

O Pucelle plus tendre

Qu'un beau bouton vermeil,

Que le rosier engendre

Au lever du soleil,

Et si faict au matin

Tout l'honneur du jardin.

Serrés mon col maistresse,

De vos deus bras pliés,

D'un neud qui fort me presse

Doucement me liés,

Un baiser mutuel

Nous soit perpetuel.

Ne le tems, ne l'envie

D'autre amour desirer

Ne pourra point ma vie

De voz levres tirer:

Ains serrez demourrons,

Et baisant nous mourrons.

Amour par les fleurettes

Du printems eternel,

Voirra noz amourettes

Sous le boys maternel,

Là nous sçaurons combien

Les amans ont de bien.

Parmy la grand' espace

De ce berger heureux

Nous aurons tous deux place

Entre les amoureux

Et comme eux, sans soucy,

Nous aymerons aussi.

Nulle Nymphe ancienne

Ne se despitera,

Quand de la place sienne

Pour nous el' l'ostera

Non celles dont les yeux

Prindrent le cœur des dieux.