Toréador

Poulenc, Francis

Pépita reine de Venise

Quand tu vas sous ton mirador

Tous les gondoliers se disent:

Prends garde... Toréador!

Sur ton coeur personne ne règne

Dans le grand palais où tu dors

Et près de toi la vieille duègne

Guette le Toréador.

Toréador brave des braves

Lorsque sur la place Saint marc

Le taureau en fureur qui bave

Tombe tué par ton poignard.

Ce n'est pas l'orgueil qui caresse

Ton coeur sous la baouta d'or

Car pour une jeune déesse

Tu brûles Toréador.

Belle Espagnole

Dans ta gondole

Tu caracoles

Carmencita

Sous ta mantille

Oeil qui pétille

Bouche qui brille

C'est Pépita.

C'est demain jour de Saint Escure

Qu'aura lieu le combat à mort

Le canal est plein de voitures

Fêtant le Toréador!

De Venise plus d'une belle

Palpite pour savoir ton sort

Mais tu méprises leurs dentelles

Tu souffres Toréador.

Car ne voyant pas apparaître.

Caché derrière un oranger,

Pépita seule à sa fenêtre

Tu médites de te venger,

Sous ton caftan passe ta dague

La jalousie au coeur te mord

Et seul avec le bruit des vagues

Tu pleures toréador.

Belle Espagnole

Dans ta gondole

Tu caracoles

Carmencita

Sous ta mantille

Oeil qui pétille

Bouche qui brille

C'est Pépita.

Que de cavaliers! que de monde!

Remplit l'arène jusqu'au bord

On vient de cent lieues à la ronde

T'acclamer Toréador!

C'est fait il entre dans l'arène

Avec plus de flegme qu'un lord.

Mais il peut avancer a peine

Le pauvre Toréador.

Il ne reste à son rêve morne

Que de mourir sous tous les yeux

En sentant pénétrer des cornes

Dans son triste front soucieux

Car Pépita se montre assise

Offrant son regard et son corps

Au plus vieux doge de Venise

Et rit du toréador.

Belle Espagnole

Dans ta gondole

Tu caracoles

Carmencita

Sous ta mantille

Oeil qui pétille

Bouche qui brille

C'est Pépita.