Comme à la lumière de la lune

H. Poupard

La nuit était venue, je suis allé à ma chambre, anxieux de rester

maintenant dans l'obscurité sans plus voir le ciel, les champs

et la mer rayonner sous le soleil, mais quand j'ai ouvert la porte,

j'ai trouvé la chambre illuminée comme au soleil couchant.

Par la fenêtre je voyais la maison, les champs, le ciel et la mer,

ou plutôt il me semblait les “revoir” en rêve; la douce lune me

les rappelait plutôt qu'elle ne me les montrait, répandant sur

leur silhouette une splendeur pâle qui ne dissipait pas

l'obscurité, épaissie comme un oubli sur leur forme.

Et j'ai passé des heures à regarder dans la cour le souvenir muet,

vague, enchanté et pâli des choses qui, pendant le jour,

m'avaient fait plaisir ou m'avaient fait mal, avec leurs cris,

leurs voix ou leur bourdonnement. L'amour s'est éteint, j'ai peur

au seuil de l'oubli; mais apaisés, un peu pâles, tout près de moi

et pourtant lointains et déjà vagues, voici, comme à la lumière

de la lune, tous mes bonheurs passés et tous mes chagrins guéris

qui me regardent et qui se taisent. Leur silence m'attendrit

cependant que leur éloignement et leur pâleur indécise

m'enivrent de tristesse et de poésie, et je ne puis cesser de

regarder ce clair de lune intérieur.