L'heure propice

R. Berthelot

Amour donne esprit aux filles;

La fenêtre s'ouvre quand la duègne dort,

Et dans l'ombre au dehors

Les galants sans bruit

Se faufilent

Contre les murs gris.

Échelles de corde

Et douces escalades d'amour,

C'est l'heure propice;

Le veilleur qui siffle en faisant son tour

Pisse

Sans y voir goutte;

Échelles de corde,

Adroits rendez-vous

Et balivernes qu'on écoute,

C'est l'heure complice;

Au gracieux drille un baiser s'accorde,

Au gracieux drille on accorde tout.

Mais sur le vieux fou

Qui donne en vain des sérénades,

La servante vide le pot de nuit,

Et tandis que l'amoureux éconduit s'enfuit

Et que la fille rit aux larmes,

On entend au loin s'avancer la garde

Au pas de parade

Et chaque croisée vite est refermée;

A la barbe des gendarmes

C'est l'heure d'aimer.