Elégie

R. Caby

Le ciel et les oiseaux venaient se reposer

Sur deux cyprès que le vent tiède enlaçait presque

Comme un couple d'amants à leur dernier baiser.

La maison près du Rhin, était si romanesque

Avec ses grandes fenêtres, son toit pointu

Sur lequel criait, par instants, la girouette

Au vent qui demandait si doucement « Qu'as-tu? »

Et sur la porte était clouée une chouette.

Nous parlions dans le vent auprès d'un petit mur

Ou lisions l'inscription d'une pierre mise

A cette place en souvenir d'un meurtre et sur

Laquelle bien souvent tu t'es longtemps assise:

« Gottfried apprenti de Brühl, l'an seize cent trente

Ici fut assassiné,

Sa fiancée en eut une douleur touchante

Requiem aeternam dona ei, Domine. »

Le soleil au déclin empourprait la montagne

Et notre amour saignait comme les groseilliers

Puis étoilant ce pâle automne d'Allemagne,

La nuit pleurant des lueurs, mourait à nos pieds

Et notre amour ainsi se mêlait à la mort.

Au loin, près d'un feu, chantaient des bohémiennes.

Un train passait, les yeux ouverts sur l'autre bord...

Nous regardions longtemps les villes riveraines.