Les propos de la Sage-Femme

R. Caby

Première Sage-Femme

Je songe à la guerre.

Ô mes amies, les étoiles, les belles étoiles,

les avez-vous comptées?

Ô mes amies, vous souvenez-vous seulement des titres

de tous les livres que vous avez lus et du nom des auteurs?

Ô mes amies, avez-vous songé aux pauvres hommes

qui firent les grandes routes?

Les pâtres de l'âge d'or laissaient paître leurs troupeaux

sans craindre l'abigeat, ils ne redoutaient que les fauves.

Ô mes amies, que pensez-vous de tous ces canons?

Deuxième Sage-Femme

Ce que je pense de ces canons? Ce sont de vigoureux priapes.

Ô mes belles nuits! Je suis heureuse d'une corneille sinistre

qui m'enchanta hier soir, c'est de bon augure. Mes cheveux

sont parfumés à l'abelmosch.

Ô! les beaux et raides priapes que sont ces canons.

Si les femmes avaient dû faire le service militaire,

elles auraient servi dans l'artillerie. La vue des canons

doit être étrange pendant la bataille.

Les lumières naissent sur la mer au loin.

Réponds, ô Zélotide, réponds de ta voix douce.

Troisième Sage-Femme

J'aime ses yeux dans la nuit, il connaît bien mes cheveux

et leur odeur. Dans les rues de Marseille un officier m'a

longtemps suivie. Il était bien vêtu et de belles couleurs,

il y avait de l'or sur ses habits et sa bouche me tentait, mais

j'ai fui ses baisers en me réfugiant dans mon ou ma bed-room

du ou de la family-house où j'étais descendue.