Poème

R. Caby

Le soir se penche avec langueur -- et les arbres

au bord de la route des songes -- comme de grands

oiseaux la tête sous l'aile -- s'endorment. La lune

pleure dans les branches -- comme un regard entre

des mains tremblantes. Elle y noue ses froides

faveurs. Elle suit le fleuve tout contre la berge.

Elle s'y balance, et il semble qu'un grand cygne ait

perdu ses plumes sur l'eau triste où le ciel se berce..

Il y a une garde de roseaux au tournant escarpé

où la lune entre par échardes. Un long souffle

d'air qui chasse par instant les noms et les souvenirs

de leurs nids sombres écaille le fleuve et le

feuillage.. Alors, le veilleur et l'éclusier de la

contrée fiévreuse -- le gros lézard gris où s est réfugiée

une âme ancienne -- souffle d'une voix lointaine

et qui évoque un rite et un instrument sauvages

-- parce qu'il voit passer des choses que nous ne

savons pas voir -- et qui rejoignent l'horizon

où le passé dort sous la cendre...