Le bel Alcade

R. Hanf

C'est pour te suivre, ô bel Alcade, que je me suis exilée de la terre

des parfums, où gémissent de mon absence mes compagnes

dans la prairie, mes colombes dans le feuillage des palmiers.

Ma mère, ô bel Alcade, tendit de sa couche de douleurs la main

vers moi; cette main retomba glacée, et je ne m'arrêtai pas au

seuil pour pleurer ma mère qui n'était plus.

Je n'ai point pleuré, ô bel Alcade, lorsque le soir, seule avec toi

et notre barque errant loin du bord, les brises embaumées

de ma patrie traversaient les flots pour venir me trouver.

J'étais, disais-tu alors dans tes ravissements, ô bel Alcade,

j'étais plus charmante que la lune, sultane de sérail aux

mille lampes d'argent.

Tu m'aimais, ô bel Alcade, et j'étais fière et heureuse:

depuis que tu me repousses je ne suis plus qu'une humble

pécheresse qui confesse en pleurant la faute qu'elle a commise.

Quand donc, ô bel Alcade, sera-t-elle écoulée ma source

de larmes amères? Quand l'eau de la fontaine du roi Alphonse

ne sera plus vomie par la gueule des lions.