Hymne à la Lyre

Leoncavallo, Ruggero

La Lyre est la porte fermée

Qui garde le jardin des cieux:

Par Elle à notre âme charmée

S'ouvre un séjour délicieux.

Comme un chasseur qui tend des toiles

Le poète prend des étoiles

Au réseau de ses cordes d'or,

Et des planètes effarées

Volant les ailes déchirées

Fuit dans l'azur plus haut encor!

Sonore, éclatante et vermeille,

Oiseau chantant, flambeau qui luit,

La Lyre à l'Aurore est pareille,

Chassant les ombres de la nuit.

Aux ténèbres du cœur levée,

Souriante et de pleurs lavée,

Elle monte en resplendissant,

Et, sur nos têtes suspendue,

Fait flamboyer dans l'étendue

Nos larmes avec notre sang!