Les Indes Galantes

Rameau, Jean-Philippe

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Les Indes Galantes Libretto

Jean-Philippe Rameau

Opéra-Ballet en un prologue et quatre actes

LES INDES GALANTESLivret de Louis Fuzelier

LES INDES GALANTESRepresenté pour la première fois à Paris le 23 août 1735

Le théâtre représente le palais d'Hébé dans le fond,

et ses jardins dans les ailes.

SYSTEMOUVERTURE

SYSTEMSCÈNE 1

Hébé

HÉBÉVous, qui d'Hébé suivez les lois,

HÉBÉVenez, rassemblez-vous, accourez à ma voix!

HÉBÉVous chantez dès que l'aurore

HÉBÉÉclaire ce beau séjour:

HÉBÉVous commencez avec le jour

HÉBÉLes jeux brillants de Terpsichore;

HÉBÉLes doux instants que vous donne l'Amour

HÉBÉVous sont plus chers encore.

SYSTEMSCÈNE 2

ENTRÉE DES 4 NATIONS. Troupe de jeunesse française,

espagnole, italienne et polonaise, qui accourt et forme

des danses gracieuses.

HÉBÉAmants sûrs de plaire,

HÉBÉSuivez votre ardeur!

HÉBÉChantez votre bonheur,

HÉBÉMais sans offenser le mystère!

HÉBÉIl est pour un tendre coeur

HÉBÉDes biens dont le secret augmente la douceur.

HÉBÉSongez qu'il faut les taire!

Air grave pour deux polonais

HÉBÉer

Menuet

HÉBÉe

Menuet

HÉBÉMusettes, résonnez dans ce riant bocage,

HÉBÉAccordez-vous sous l'ombrage

HÉBÉAu murmure des ruisseaux,

HÉBÉAccompagnez le doux ramage

HÉBÉDes tendres oiseaux.

SYSTEMCHOEUR

HÉBÉMusettes, résonnez dans ce riant bocage,

HÉBÉAccordez-vous sous l'ombrage

HÉBÉAu murmure des ruisseaux,

HÉBÉAccompagnez le doux ramage

HÉBÉDes tendres oiseaux.

Musette en rondeau

Bruit de tambours qui interrompt le ballet

HÉBÉQu'entends-je! Les tambours font taire nos musettes?

HÉBÉC'est Bellone! Ses cris excitent les héros:

HÉBÉQu'elle va dérober de sujets à Paphos!

SYSTEMSCÈNE 3

Bellone, Hébé et sa suite

Bellone arrive au bruit des tambours et des trompettes

qui la précèdent avec des guerriers portant des drapeaux.

Elle invite la suite d'Hébé à n'aimer que la gloire.

SYSTEMBELLONE

à la suite d'Hébé

HÉBÉLa Gloire vous appelle: écoutez ses trompettes!

HÉBÉHâtez-vous, armez-vous, et devenez guerriers!

HÉBÉQuittez ces paisibles retraites!

HÉBÉCombattez, il est temps de cueillir des lauriers.

SYSTEMCHOEUR

Les guerriers appellent les amants des nations alliées.

Ces amants généreux se rangent près de Bellone, et suivent les étendards.

HÉBÉLa Gloire vous appelle: écoutez ses trompettes!

HÉBÉHâtez-vous, armez-vous, et devenez guerriers!

Air pour deux guerriers portant les drapeaux

Air pour les amants et amantes qui suivent Bellone

SYSTEMCHOEUR

HÉBÉVous nous abandonnez.

HÉBÉQuelle peine mortelle!

HÉBÉQue vont devenir nos beaux jours!

HÉBÉQuelle peine mortelle!

HÉBÉÉcoutez les Amours.

HÉBÉLa Gloire nous appelle,

HÉBÉNous n'écoutons qu'elle.

SYSTEMSCÈNE 4

Hébé

HÉBÉBellone les entraîne ...

HÉBÉO toi, vainqueur des Cieux,

HÉBÉViens prouver ton pouvoir suprême!

HÉBÉOn ose te quitter pour suivre d'autres Dieux!

HÉBÉFils de Vénus, ah! qui peut mieux te venger que toi-même?

SYSTEMSCÈNE 5

L'Amour, Hébé, suite de Hébé

L'Amour descend des cieux sur des nuages; il porte des

traits nouveaux; il est accompagné d'une troupe

d'Amours armés comme lui, dont les uns tiennent des

brandons et les autres arborent des étendards galants.

Annonce de l'Amour

HÉBÉL'Amour paraît armé, qu'il soit victorieux!

SYSTEML'AMOUR

HÉBÉPourquoi Mars à l'Amour déclara-t-il la guerre?

HÉBÉMars perd-t-il son encens, lorsqu'on vient m'en offrir?

HÉBÉJamais les myrthes sur la terre

HÉBÉN'ont empêché les lauriers de fleurir.

à l'Amour

HÉBÉPour remplacer les coeurs que vous ravit Bellone,

HÉBÉFils de Vénus, lancez vos traits les plus certains;

HÉBÉConduisez les plaisirs dans les climats lointains,

HÉBÉQuand l'Europe les abandonne!

SYSTEML'AMOUR

à sa suite

HÉBÉRanimez vos flambeaux, remplissez vos carquois,

HÉBÉMoisonnez, méritez les palmes les plus belles!

HÉBÉAmours, remportez, à la fois,

HÉBÉCent victoires nouvelles!

HÉBÉL'horreur suit le terrible Mars;

HÉBÉLes Jeux s'amusent sur vos traces,

HÉBÉPartez, partez, vos nouveaux étendards

HÉBÉSont l'ouvrage des Grâces.

Air pour les Amours

SYSTEML'AMOUR ET HÉBÉ

HÉBÉTraversez les plus vastes mers,

HÉBÉVolez, volez, Amours, volez, volez!

HÉBÉPortez vos armes et vos fers

HÉBÉSur le plus éloigné rivage!

HÉBÉEst-il un coeur dans l'univers

HÉBÉQui ne vous doive son hommage?

SYSTEMCHOEUR

Les Amours s'envolent pendant le choeur et se dispersent

loin de l'Europe dans les différents climats de l'Inde.

HÉBÉTraversez les plus vastes mers,

HÉBÉVolez, volez, Amours, volez, Amours.

HÉBÉPortez vos armes et vos fers

HÉBÉSur le plus éloigné rivage!

PREMIÈRE ENTRÉELe Turc généreux

Le théâtre représente les jardins d'Osman Pacha terminés par la mer.

SYSTEMSCÈNE 1

Émilie, Osman

SYSTEMÉMILIE

entrant seule

PREMIÈRE ENTRÉEC'est Osman qui me suit, ne lui cachons plus rien!

PREMIÈRE ENTRÉEPour arrêter son feu, découvrons-lui le mien!

entrant, à Émilie

OSMANChercherez-vous toujours et l'ombre et le silence!

SYSTEMÉMILIE

OSMANJe voudrais de mes maux cacher la violence.

OSMANCiel! Qu'entends-je!

SYSTEMÉMILIE

OSMANApprenez mon destin rigoureux!

OSMANDans le séjour témoin de ma naissance

OSMANJ'épousais un amant digne de ma constance;

OSMANSur un bord solitaire on commençait les jeux,

OSMANLorsque des ravisseurs perfides

OSMANS'avancent le fer à la main.

OSMANLa terreur un instant ferme mes yeux timides,

OSMANIls ne s'ouvrent qu'aux cris d'un corsaire inhumain.

OSMANBientôt les vents et le ciel même,

OSMANComplices de son crime, éloignent ses vaisseaux,

OSMANEt je me vois captive sur les eaux,

OSMANPrès de ce que j'abhorre, et loin de ce que j'aime.

OSMANQu'en peignant vos malheurs vous redoublez mes maux!

OSMANDissipez vos ennuis sur cet heureux rivage.

SYSTEMÉMILIE

OSMANJ'y subis, sous vos lois, un second esclavage.

OSMANMe reprocherez-vous de gêner vos désirs?

OSMANL'unique loi qu'ici vous prescit ma tendresse,

OSMANC'est de permettre aux plaisirs

OSMANDe vous y suivre sans cesse.

OSMANRépondez à mes voeux, couronnez mes soupirs!

SYSTEMÉMILIE

OSMANContre mes ravisseurs, ardent à me défendre,

OSMANMon amant a risqué ses jours.

OSMANLorsque, pour prix de son secours,

OSMANPeut-être un coup fatal l'a forcé de descendre

OSMANDans l'affreuse nuit de tombeau,

OSMANMon coeur ingrat d'un feu nouveau

OSMANSe laisserait surprendre?

OSMANAh! Que me faites-vous entendre?

OSMANC'est trop m'accabler par vos pleurs,

OSMANCessez d'entretenir d'inutiles douleurs!

OSMANIl faut que l'amour s'envole,

OSMANDès qu'il voit partir l'espoir.

OSMANA l'ennui la constance immole

OSMANLe coeur qui s'en fait un devoir.

OSMANJe vous quitte, belle Émilie.

OSMANSongez que le noeud qui vous lie

OSMANVous cause chaque jour des tourments superflus!

OSMANVous aimez un objet que vous ne verrez plus.

SYSTEMSCÈNE 2

Émilie seule

SYSTEMÉMILIE

Osman sort

OSMANQue je ne verrai plus, barbare! ...

OSMANQue me présage ce discours?

OSMANAh! Si de mon amant le trépas me sépare,

OSMANSi mes yeux l'ont perdu, mon coeur le voit toujours.

Le Ciel se couvre de nouages sombres, les vents sifflent, les flots s'élèvent.

OSMANLa nuit couvre les cieux!

OSMANQuel funeste ravage!

OSMANVaste empire des mers où triomphe l'horreur,

OSMANVous êtes la terrible image

OSMANDu trouble de mon coeur.

OSMANDes vents impétueux vous éprouvez la rage,

OSMAND'un juste désespoir j'éprouve la fureur.

SYSTEMCHOEUR DES MATELOTS

qu'on ne voit pas

La tempête continue avec la même violence.

OSMANCiel! De plus d'une mort nous redoutons les coups!

OSMANSerons-nous embrasés par les feux du tonnerre?

OSMANSous les ondes périrons-nous,

OSMANÀ l'aspect de la terre?

SYSTEMÉMILIE

OSMANQue ces cris agitent mes sens!

OSMANMoi-même, je me crois victime de l'orage.

La tempête diminue et la clarté revient.

OSMANMais le ciel prend pitié du trouble que je sens,

OSMANLe ciel, le juste ciel calme l'onde et les vents.

OSMANJe souffrais dans le port les horreurs du naufrage.

SYSTEMCHOEUR

qu'on ne voit pas

OSMANQue nous sert d'échapper à la fureur des mers?

OSMANEn évitant la mort nous tombons dans les fers.

SYSTEMÉMILIE

OSMAND'infortunés captifs vont partager nos peines

OSMANDans ce redoutable séjour.

OSMANS'ils sont amants, ah! que l'amour

OSMANVa redoubler le poids de l'horreur de leurs chaînes!

SYSTEMSCÈNE 3

Émilie, Valère (en esclave)

SYSTEMÉMILIE

OSMANUn de ces malheureux approche en soupirant!

OSMANHélas! Son infortune est semblable à la mienne!

OSMANQuel transport confus me surprend?

OSMANParlons-lui! Ma patrie est peut-être la sienne.

abordant Valère

OSMANÉtranger, je vous plains ...

le reconnaissant

OSMANAh! Valère, c'est vous!

VALÈREC'est vous, belle Émilie!

SYSTEMÉMILIE, VALÈRE

VALÈREJe vous revois! Que de malheurs j'oublie!

VALÈREDe mon cruel destin je ne sens plus les coups.

SYSTEMÉMILIE

Par quel sort aujourd'hui jeté sur cette rive ...

VALÈREDepuis l'instant fatal qui nous a séparés,

VALÈREDans cet climats divers mes soupirs égarés

VALÈREVous cherchent nuit et jour ... je vous trouve captive.

SYSTEMÉMILIE

VALÈREEt ce n'est pas encore mon plus cruel malheur.

VALÈREO ciel! Achevez.

SYSTEMÉMILIE

VALÈRENon, suspendez ma douleur!

VALÈREDe votre sort daignez enfin m'instruire!

Un maître que je n'ai point vu

VALÈREDans ce palais m'a fait conduire ...

SYSTEMÉMILIE

VALÈREVotre maître est le mien.

VALÈREO bonheur imprévu!

SYSTEMÉMILIE

VALÈREValère, quelle erreur peut ainsi vous séduire!

VALÈREMon tyran m'aime ...

VALÈREO désespoir! Non, vous ne sortirez jamais de ses fers!

VALÈREQuoi! Valère ne vous retrouve

VALÈREQue pour vous perdre sans retour?

VALÈRENotre Tyran vous aime!

SYSTEMÉMILIE

VALÈREEt ma douleur le prouve,

VALÈREJe ne demandais pas ce triomphe à l'amour.

VALÈREAh! Sait-on vous aimer dans ce fatal séjour!

VALÈRESur ces bords une âme enflammée

VALÈREPartage ses voeux les plus doux,

VALÈREEt vous méritez d'être aimée

VALÈREPar un coeur qui n'aime que vous.

SYSTEMSCÈNE 4

Émilie, Valère, Osman

à Valère

OSMANEsclave, je viens de t'entendre,

OSMANTon crime m'est connu.

VALÈREJe ne m'en repens pas.

SYSTEMÉMILIE

troublée, à Osman

VALÈRESeigneur, est-il coupable? Hélas ! ...

à Émilie

OSMANVous l'accusez en voulant le défendre.

OSMANVous prétendez en vain cacher votre embarras,

OSMANEt retenir les pleurs que je vous vois répandre.

OSMANVous cédez au penchant de votre coeur trop tendre:

OSMANAh! du mien je suivrai les lois,

OSMANJe saurai me venger ainsi que je dois.

SYSTEMÉMILIE

à Osman

OSMANLe barbare!

à Osman

VALÈREJ'attends l'arrêt de ta colère.

SYSTEMÉMILIE

tremblante

VALÈREJuste ciel! Quel moment!

présentant Émilie à Valère

OSMANReçois de moi, Valère, Émilie et la liberté.

gaiment, à Osman

VALÈREQue dites-vous? ...

tristement

VALÈREMais non, peut-il être sincère?

VALÈREIl veut tromper nos coeurs ... c'est trop de cruauté!

OSMANO ciel! Quelle injustice!

OSMANQuoi! Vous vous défiez de ma sincérité,

OSMANDans l'instant où mon coeur vous fait le sacrifice

OSMANQui jamais ait le plus coûté?

OSMANMais je le dois à la reconnaissance.

montrant Valère

OSMANOsman fut son esclave, et s'efforce aujourd'hui

OSMAND'imiter sa magnificence,

OSMANDans ce noble sentier, que je suis loin de lui!

OSMANIl m'a tiré des fers sans me connaître ...

l'embrassant

VALÈREMon cher Osman, c'est vous!

à Émilie

VALÈREOsman était mon maître.

OSMANJe vous ai reconnu sans m'offrir à vos yeux;

OSMANJ'ai fait agir pour vous mon zèle et ma puissance:

OSMANVos vaisseaux sont rentrés sous votre obéissance.

Les vaisseaux de Valère avancent et paraissent chargés des présents du pacha,

portés par des esclaves africains.

surpris

VALÈREQue vois-je? Ils sont chargés de vos dons précieux!

VALÈREQue de bienfaits!

OSMANNe comptez que Émilie!

VALÈREO triomphe incroyable! O sublime vertu!

SYSTEMÉMILIE

à Osman

VALÈRENe craignez pas que je l'oublie!

OSMANEstimez moins un coeur qui s'est trop combattu!

On entends les tambourins des Matelots.

avec douleur

OSMANJ'entends vos matelots ...

OSMANAllez sur vos rivages,

OSMANMes ordres sont donnés ...

OSMANAllez, vivez contents ...

OSMANSouvenez-vous d'Osman ...

l'arrêtant

VALÈRERecevez nos hommages!

SYSTEMÉMILIE

à Osman

VALÈREÉcoutez ...

hésitant

OSMANQuoi! ... Mais, non!

s'en allant

OSMANC'est souffrir trop longtemps,

OSMANC'est trop à vos regards offrir mon trouble extrême ...

OSMANJe vous dois mon absence, et la dois à moi-même.

SYSTEMSCÈNE 5

Valère, Émilie

VALÈREFut-il jamais un coeur plus généreux?

VALÈREDigne de notre éloge, il ne veut pas l'entendre ...

VALÈREAu plus parfait bonheur il a droit de prétendre,

VALÈRESi la vertu peut rendre heureux.

SYSTEMSCÈNE 6

Émilie, Valère, Provençaux et Provençales de leur escadre,

Esclaves africains d'Osman

SYSTEMÉMILIE, VALÈRE

VALÈREVolez, Zéphyrs, tendres amants de Flore!

VALÈRESi vous nous conduisez, tous nos voeux sont remplis,

VALÈRERivages fortunés de l'empire des Lys,

VALÈREAh! nous vous reverrons encore.

SYSTEMCHOEUR

VALÈREVolez, Zéphyrs, tendres amants de Flore!

VALÈRESi vous nous conduisez, tous nos voeux sont remplis.

Air pour les esclaves africains

VALÈREHâtez-vous de vous embarquer,

VALÈREJeunes coeurs, volez à Cythère!

VALÈRESur cette flotte téméraire

VALÈREOn ne peut jamais trop risquer.

SYSTEMÉMILIE

VALÈRERégnez, Amour, ne craignez point les flots!

VALÈREVous trouverez sur l'onde un aussi doux repos

VALÈREQue sous les myrthes de Cythère.

VALÈRENe craignez point les flots!

VALÈREIls ont donné le jour à votre aimable mère.

VALÈREer

Rigaudon

VALÈREe

Rigaudon

SYSTEMÉMILIE

VALÈREFuyez, vents orageux!

VALÈRECalmez les flots amoureux, Ris et jeux!

Charmant Plaisir, fais notre sort

VALÈREDans la route comme au port!

VALÈRESi, quittant le rivage,

VALÈRELa raison fait naufrage,

VALÈREThétis, dans ce beau jour,

VALÈREN'en sert que mieux l'Amour.

VALÈREer

Tambourin

VALÈREe

Tambourin

SYSTEMÉMILIE

VALÈREPartez! On languit sur le rivage,

VALÈRETendres coeurs, embarquez-vous!

SYSTEMCHOEUR

VALÈREPartez! On languit sur le rivage,

VALÈRETendres coeurs, embarquez-vous!

SYSTEMÉMILIE

VALÈREVoguez! Bravez les vents et l'orage!

VALÈREQue l'espoir vous guide tous!

SYSTEMCHOEUR

VALÈREPartez! On languit sur le rivage,

VALÈRETendres coeurs, embarquez-vous!

DEUXIÈME ENTRÉELes Incas du Pérou

Le théâtre représente un désert du Pérou, terminé par une montagne aride.

Le sommet en est couronné par la bouche d'un volcan formée de rochers calcinés et couverts de cendres.

SYSTEMSCÈNE 1

Phani, Carlos, Officier espagnol.

CARLOSVous devez bannir de votre âme

CARLOSLa criminelle erreur qui séduit les Incas.

CARLOSVous l'avez promis à ma flamme.

CARLOSPourquoi différez-vous? Non, vous ne m'aimez pas ...

PHANIQue vous pénétrez mal mon secret embarras!

PHANIQuel injuste soupçon! ... Quoi! Sans inquiétude,

PHANIBrise-t-on à la fois

PHANILes liens du sang et des lois?

PHANIExcusez mon incertitude!

CARLOSDans un culte fatal, qui peut vous arrêter?

PHANINe croyez point, Carlos, que ma raison balance!

PHANIMais de nos fiers Incas je crains la violence ...

CARLOSAh! Pouvez-vous les redouter?

PHANISur ces monts, leurs derniers asiles,

PHANILa fête du Soleil va les ressembler tous ...

CARLOSDu trouble de leurs jeux, que ne profitons-nous?

PHANIIls observent mes pas ...

CARLOSLeurs soins sont inutiles,

CARLOSSi vous m'acceptez pour époux.

PHANICarlos, allez, pressez ce moment favorable,

PHANIDélivrez-moi d'un séjour détestable!

PHANIMais ne venez pas seul ... Quel funeste malheur!

PHANISi votre mort ... Le peuple est barbare, implacable,

PHANIEt quelquefois le nombre accable

PHANILa plus intrépide valeur;

PHANICiel!

CARLOSPouviez-vous être alarmée?

CARLOSOubliez-vous que dans ces lieux

CARLOSUn seul de nos guerriers triomphe d'une armée?

PHANIJe sais vos exploits glorieux,

PHANIEt qu'à votre courage il n'est rien d'impossible.

PHANICependant, cher Carlos, empruntez du secours!

CARLOSQue craignez-vous?

PHANIHélas! Je suis sensible;

PHANILorsque l'on aime, on craint toujours.

SYSTEMSCÈNE 2

Phani seule

PHANIViens, hymen, viens m'unir au vainqueur que j'adore!

PHANIForme tes noeuds, enchaîne-moi!

PHANIDans ces tendres instants où ma flamme t'implore,

PHANIL'amour même n'est pas plus aimable que toi.

SYSTEMSCÈNE 3

Phani, Huascar

à part

HUASCARElle est seule ... parlons! L'instant est favorable ...

HUASCARMais je crains d'un rival l'obstacle redoutable.

HUASCARParlons au nom des Dieux pour surprendre son coeur!

HUASCARTout ce que dit l'Amour est toujours pardonnable,

HUASCAREt le ciel que je sers doit servir mon ardeur.

à Phani

HUASCARLe dieu de nos climats dans ce beau jour m'inspire.

HUASCARPrincesse, le soleil daigne veiller sur vous,

HUASCAREt lui-même dans notre empire,

HUASCARIl prétend par ma voix vous nommer un époux.

HUASCARVous frémissez ... D'où vient que votre coeur soupire?

HUASCARObéissons sans balancer

HUASCARLorsque le ciel commande!

HUASCARNous ne pouvons trop nous presser

HUASCARD'accorder ce qu'il nous demande;

HUASCARY réfléchir, c'est l'offenser.

PHANINon, non, je ne crois pas tout ce que l'on assure

PHANIEn attestant les cieux;

PHANIC'est souvent l'imposture

PHANIQui parle au nom des Dieux.

HUASCARPour les Dieux et pour moi, quelle coupable injure!

HUASCARJe sais ce qui produit votre incrédulité,

HUASCARC'est l'amour! Dans votre âme, il est seul écouté!

PHANIL'amour! Que croyez-vous?

HUASCAROui, vous aimez, perfide,

HUASCARUn de nos vainqueurs inhumains.

HUASCARCiel! Mettras-tu toujours tes armes dans leurs mains?

PHANIRedoutez le Dieu qui les guide!

HUASCARC'est l'or qu'avec empressement,

HUASCARSans jamais s'assouvir, ces barbares dévorent.

HUASCARL'or qui de nos autels ne fait que l'ornement

HUASCAREst le seul Dieu que nos tyrans adorent.

PHANITéméraire! Que dites-vous!

PHANIRévérez leur puissance, et craignez leur courroux.

PHANIPour leur obtenir vos hommages,

PHANIFaut-il des miracles nouveaux?

PHANIVous avez vu, de nos rivages,

PHANILeurs villes voler sur les eaux;

PHANIVous avez vu, dans l'horreur de la guerre,

PHANILeur invincible bras disposer du tonnerre ...

SYSTEMSCÈNE 4

Huascar et un Inca, son confident

On entend un prélude qui annonce la fête du Soleil.

à part

HUASCAROn vient, dissimulons mes transports à leurs yeux!

à l'Inca qu'il appelle

HUASCARVous savez mon projet. Allez, qu'on m'obéisse ...

à part

HUASCARJe n'ai donc plus pour moi qu'un barbare artifice,

HUASCARQui de flamme et de sang inondera ces lieux.

HUASCARMais que ne risque point un amour furieux?

SYSTEMSCÈNE 5

Fête du Soleil

Huascar, Phani, ramenée par des Incas, Pallas et Incas,

Sacrificateurs, Péruviens et Péruviennes

HUASCARSoleil, on a détruit tes superbes asiles,

HUASCARIl ne te reste plus de temple que nos coeurs.

HUASCARDaigne nous écouter dans ces déserts tranquilles!

HUASCARLe zèle est pour les Dieux le plus cher des honneurs.

Prélude pour l'adoration du Soleil

Les Pallas et Incas font leur adoration au Soleil.

HUASCARBrillant soleil, jamais nos yeux, dans ta carrière,

HUASCARN'ont vu tomber de noirs frimas,

HUASCAREt tu répands dans nos climats

HUASCARTa plus éclatante lumière.

Air des Incas pour la dévotion du Soleil

Danse de Péruviens et de Péruviennes

HUASCARClair flambeau du monde,

HUASCARL'air, la terre et l'onde

HUASCARRessentent tes bienfaits!

HUASCARClair flambeau du monde,

HUASCARL'air, la terre et l'onde

HUASCARTe doivent leurs attraits!

SYSTEMCHOEUR

HUASCARClair flambeau du monde,

HUASCARL'air, la terre et l'onde

HUASCARRessentent tes bienfaits!

HUASCARClair flambeau du monde,

HUASCARL'air, la terre et l'onde

HUASCARTe doivent leurs attraits!

HUASCARPar toi dans nos champs tout abonde.

HUASCARNous ne pouvons compter les biens que tu nous fais.

HUASCARChantons-les seulement! Que l'écho nous réponde!

HUASCARQue ton nom dans nos bois retentisse à jamais!

HUASCARTu laisses l'univers dans une nuit profonde,

HUASCARLorsque tu disparais;

HUASCAREt nos yeux, en perdant ta lumière féconde,

HUASCARPerdent tous leurs plaisirs; la beauté perd ses traits.

Loure en rondeau

HUASCARPermettez, astre du jour,

HUASCARQu'en chantant vos feux nous chantions d'autres flammes

HUASCARPartagez, astre du jour,

HUASCARL'encens de nos âmes

HUASCARAvec le tendre amour.

HUASCARLe soleil, en guidant nos pas,

HUASCARRépand ses appâts

HUASCARDans les routes qu'il pare.

HUASCARRaison, quand malgré tes soins,

HUASCARL'amour nous égare,

HUASCARNous plaît-il moins?

HUASCARVous brillez, astre du jour,

HUASCARVous charmez nos yeux par l'éclat de vos flammes!

HUASCARVous brillez, astre du jour! L'astre de nos âmes,

HUASCARC'est le tendre amour.

HUASCARDe nos bois chassez la tristesse,

HUASCARRégnez-y sans cesse, Dieux de nos coeurs!

HUASCARDe la nuit le coile sombre

HUASCARSur vos attraits n'étend jamais son ombre;

HUASCARTous les temps, aimables vainqueurs,

HUASCARSont marqués par vos faveurs.

On danse, et la fête est troublée par un tremblement de terre.

HUASCARère

Gavotte

HUASCARe

Gavotte en Rondeau

Tremblement de terre

SYSTEMCHOEUR

HUASCARDans les abîmes de la terre,

HUASCARLes vents se déclarent la guerre.

L'air s'obscurcit, le tremblement redouble,

le volcan s'allume et jette par tourbillons du feu et de la fumée.

SYSTEMCHOEUR

HUASCARLes rochers embrasés s'élancent dans les airs,

HUASCAREt portent jusqu'aux cieux les flammes des enfers.

L'épouvante saisit les Péruviens, l'assemblée se disperse.

Huascar arrête Phani. Le tremblement de terre semble s'apaiser.

SYSTEMSCÈNE 6

Huascar, Phani

à Phani qui traverse le théâtre en s'enfuyant

HUASCARArrêtez! Par ces feux le ciel vient de m'apprendre

HUASCARQu'à son arrêt il faut vous rendre,

HUASCAREt l'hymen ...

PHANIQu'allez-vous encore me révéler?

PHANIO jour funeste! Dois-je croire

PHANIQue le ciel, jaloux de sa gloire,

PHANINe s'explique aux humains qu'en les faisant trembler?

l'arrêtant encore

HUASCARVous fuyez, quand les Dieux daignent vous appeler!

HUASCAREh bien! cruelle, eh bien! vous allez me connaître.

HUASCARSuivez l'amour jaloux!

se reculant

PHANITon crime ose paraître!

HUASCARQue l'on est criminel lorsque l'on ne plaît pas!

HUASCARDu moins en me suivant évitez le trépas! ...

HUASCARIci je vois partout l'affreuse mort suivie

HUASCARD'un redoutable embrasement.

HUASCARChaque instant peut de votre vie

HUASCARDevenir le dernier moment.

SYSTEMSCÈNE 7

Phani, Huascar, Carlos

à Phani

HUASCARQuoi! Plus que le péril mon amour vous étonne?

HUASCARC'est trop me résister ...

PHANIO ciel, entends mes voeux!

HUASCARC'est aux miens qu'il vous abandonne.

arrivant sur Huascar un poignard à la main

CARLOSTu t'abuses, barbare!

PHANIAh! Carlos! Je frisonne.

PHANILe soleil jusqu'au fond des antres les plus creux

PHANIVient d'allumer la terre, et son courroux présage ...

CARLOSPrincesse, quelle erreur!

CARLOSC'est le ciel qu'elle outrage.

CARLOSCet embrasement dangereux

Du soleil n'est point l'ouvrage,

CARLOSIl est celui de sa rage.

CARLOSUn seul rocher jeté dans ces gouffres affreux,

CARLOSY réveillant l'ardeur de ces terribles feux,

CARLOSSuffit pour exciter un si fatal ravage.

CARLOSLe perfide espérait vous tromper dans ce jour,

CARLOSEt que votre terreur servirait son amour.

CARLOSSur ces monts mes guerriers punissent ses complices,

CARLOSIls vont trouver dans ces noirs précipices

CARLOSDes tombeaux dignes d'eux.

à Huascar

CARLOSMais il te faut de plus cruels supplices.

à Phani

CARLOSAccordez votre main à son rival heureux,

CARLOSC'est là son châtiment!

HUASCARCiel! Qu'il est rigoureux.

SYSTEMPHANI, CARLOS

HUASCARPour jamais, l'amour nous engage.

HUASCARNon, non, rien n'est égal à ma félicité.

HUASCARAh! Mon coeur a bien mérité

Le sort qu'avec vous il partage.

HUASCARNon, non, rien n'égale ma rage.

HUASCARJe suis témoin de leur félicité.

HUASCARFaut-il que mon coeur irrité

HUASCARNe puisse être vengé d'un si cruel outrage?

SYSTEMSCÈNE 8

Les mêmes

Le volcan se rallume, te le tremblement de terre recommence.

HUASCARLa flamme se rallume encore,

HUASCARLoin de l'éviter, je l'implore ...

HUASCARAbîmes embrasés, j'ai trahi les autels.

HUASCARExercez l'emploi du tonnerre,

HUASCARVengez les droits des immortels,

HUASCARDéchirez le sein de la terre

HUASCARSous mes pas chancelants!

HUASCARRenversez, dispersez ces arides montagnes,

HUASCARLancez vos feux dans ces tristes campagnes,

HUASCARTombez sur moi, rochers brûlants.

Le volcan vomit des rochers enflammés qui écrasent le criminel Huascar.

TROISIÈME ENTRÉELes Fleurs

TROISIÈME ENTRÉEFête persane

Le théâtre représente les jardins du palais d'Ali.

SYSTEMSCÈNE 1

Tacmas, prince persan déguisé en marchande du sérail, Ali, favori de Tacmas.

à part

ALIMon abord paraît l'interdire ...

haut

ALIÉtrangère, approchez!

ALIPortez-vous dans ces lieux,

ALIDe ces ouvrages curieux

ALIQu'imagine l'Europe et que l'Asie admire?

levant son voile

TACMASTon prince déguisé se présente à tes yeux.

TACMASDans tes jardins l'amour m'attire...

ALIQuelle heureuse beauté? ...

TACMASC'est la jeune Zaïre

TACMASQui m'a frappé d'un trait victorieux.

ALIZaïre, mon esclave?

TACMASElle est ma souveraine.

TACMASAli, je viens briser sa chaîne;

TACMASMais, hélas! n'est-ce point te trahir que l'aimer?

ALISeigneur, Zaïre est belle et n'a pu m'enflammer;

ALIJe respectais vos feux, sans les connaître encore!

ALIMais, quoi, vous possédez Fatime et ses appâts!

ALINon, rien n'est si charmant ...

TACMASCher Ali, je l'ignore.

TACMASFatime à mes regards ne se présente pas.

à part

ALIIl m'est permis enfin de brûler pour Fatime,

ALIEt de lui révéler le secret de mes voeux.

TACMASJe réserve à Zaïre un honneur légitime,

TACMASJ'égalerai sa gloire à l'excès de mes feux.

TACMASL'objet à qui je rends les armes

TACMASMérite un destin éclatant:

TACMASL'amour gardait ses charmes,

TACMASPour instruire mon coeur du prix d'un feu constant.

ALIPourquoi vous déguiser à l'aimable Zaïre,

ALIQuand vous lui promettez le plus parfait bonheur?

TACMASJe veux pénétrer dans son coeur,

TACMASAvant que dans le mien ses beaux yeux puissent lire

TACMASL'excès de ma nouvelle ardeur.

ALIDans ce jour où des fleurs nous célébrons la fête,

ALIDes myrthes les plus doux vous serez couronné.

TACMASJe vois Zaïre. Va! des jeux que l'on apprête

TACMASEmbellis, s'il se peut, l'appareil ordonné!

SYSTEMSCÈNE 2

Tacmas, en marchande du sérail, Zaïre, avançant lentement sans le voir.

à part

Elle paraît livrée à quelque inquiétude ...

TACMASCachons-nous! Découvrons ce qui la fait souffrir!

TACMASQuelquefois la solitude

TACMASEngage un coeur à s'ouvrir.

SYSTEMSCÈNE 3

Zaïre, Tacmas caché

ZAÏREAmour, Amour, quand du destin j'éprouve la rigueur,

ZAÏRELa tienne seulement me fait verser des larmes.

ZAÏREMa faiblesse aujourd'hui redouble mon malheur,

ZAÏREEt cependant, hélas! elle a pour moi des charmes!

SYSTEMSCÈNE 4

Les mêmes

sans voir Tacmas

ZAÏREQuoi, Zaïre ose aimer!

à part

TACMASQuel funeste secret vient-elle de m'apprendre?

TACMASMais contraignons un transport indescret!

TACMASLe nom de mon rival reste encore à surprendre.

à Zaïre

TACMASBelle esclave, je viens vous offrir mon secours.

TACMASVous aimez ... à mes soins, confiez vos amours!

ZAÏREPeut-on aimer dans l'esclavage?

ZAÏREC'est en augmenter la rigueur.

ZAÏRELe plaisir fuit un coeur

ZAÏREQue la fortune outrage.

TACMASOn doit aimer dans l'esclavage,

TACMASC'est en adoucir la rigueur.

TACMASLe plaisir dédommage un coeur

TACMASQue la fortune outrage.

ZAÏRECessez ce vain discours!

la retenant

TACMASPardonnez à mon zèle ...

TACMASAttendez ... accordez du moins quelques moments

TACMASÀ des tableaux où l'art excelle!

à part, se fouillant

TACMASMontrons-lui mon portrait!

TACMASDans ces regards charmants,

TACMASJe pourrai, sans soupçon, lire ses sentiments.

à Zaïre, lui montrant le portrait

TACMASVoyez cette peinture!

interdite

ZAÏREAh! que me montrez-vous?

à part

ZAÏREJe ne l'ai que trop vu.

à part

TACMASCiel! quel affreux augure!

TACMASMon portrait semble attirer son courroux ...

TACMASEt j'entends son coeur qui soupire ...

TACMASElle forme des voeux ... Un autre les inspire!

TACMASQui peut-être l'objet de mes transports jaloux?

SYSTEMSCÈNE 5

Tacmas, Zaïre, Fatime en esclave polonais

TACMASQue vois-je? C'est le téméraire.

TACMASSon embarras décèle un amant déguisé.

à Zaïre qui sort

TACMASZaïre, où fuyez-vous?

arrêtant Tacmas

FATIMEDemeurez, étrangère!

FATIMEVotre secours m'est nécessaire;

FATIMEÀ mes ardent désirs sera-t-il refusé?

SYSTEMSCÈNE 6

Fatime, Tacmas

à part

TACMASSuspendons un instant ma trop juste vengeance,

TACMASEt pour fixer leur châtiment,

TACMASSachons jusqu'où leurs coeurs étaient d'intelligence!

à Fatime

TACMASParlez-moi sans déguisement!

TACMASComptez pour vous servir sur mon empressement!

FATIMEDans ces jardins l'amour m'appelle,

FATIMEPeut-on résister à sa voix?

FATIMELe cher objet qui me tient sous ses lois

FATIMEIgnore mon ardeur fidèle,

FATIMEJe viens lui déclarer mon choix.

FATIMEDans ces jardins l'amour m'appelle,

FATIMEPeut-on résister à sa voix?

FATIMESoulagez ma peine cruelle!

FATIMEHélas! pour obéir au dangereux amour

FATIMEJe risque de perdre le jour.

à Tacmas

FATIMEPuisque de ces beaux lieux vous connaissez le maître,

FATIMEVous savez qu'un coeur tendre en peut être charmé!

à part, considérant Fatime

TACMASIl craint que de Zaïre Ali ne soit aimé.

TACMASIl est jaloux, bientôt il se fera connaître.

TACMASDes périls qu'il court dans ces lieux

TACMASIl ne sait pas le plus terrible ...

TACMASIl voit sans défiance un rival furieux,

TACMASIl le fait confident de son coeur trop sensible?

SYSTEMSCÈNE 7

Fatime, Tacmas, Ali, Zaïre

à Fatime

TACMASAchevez, nommez-vous!

hésitant

FATIMEJe suis ...

TACMASVous balancez!

au fond du théâtre, amenant Zaïre

ALIVenez, belle Zaïre! Approchez, et cessez

ALIDe fuir la plus brillante gloire!

ALIDe vos divins appâts apprenez la victoire!

TACMASApprends toi-même, Ali, mon déplorable sort!

TACMASUn rival jusqu'ici m'offense.

Tacmas montre à Ali, Fatime, et tire son poignard pour frapper cette amante déguisée.

TACMASVois le perfide et ma vengeance!

reconnaît le Prince et se jette à ses genoux

FATIMEC'est le Prince, frappez! Je mérite la mort;

FATIMEMais, en me punissant, connaissez mieux mon crime!

reconnaissant Fatime

ALIO ciel, c'est l'aimable Fatime!

à Tacmas

ALIAh! Seigneur!

souriant à Ali

TACMASJ'entends ce transport.

à Tacmas

ALIQue la clémence vous désarme!

ALIJe vous conjure au nom de l'objet qui vous charme.

TACMASAu beau nom de Zaïre on ne refuse rien;

levant son voile

TACMASMais qu'accordera-t-elle au mien?

TACMASPourra-t-elle me voir, si mon portrait l'alarme?

à Tacmas

ZAÏREQue vous expliquez mal le trouble de mon coeur!

ZAÏRENe s'alarme-t-on pas en voyant son vainqueur?

ZAÏREDeviez-vous vous méprendre

ZAÏREÀ mes sens agités?

ZAÏREUn trouble que vous excitez

ZAÏRENe peut être que tendre.

à Zaïre

TACMASJe prétends que l'hymen vous assure ma foi.

TACMASNon, rien ne doit borner les transports de mon âme.

ZAÏREPour justifier votre flamme, Seigneur, je sors du sang d'un roi.

TACMASJe n'ai pas attendu, trop aimable Princesse,

TACMASL'aveu de votre rang pour croire ma tendresse.

à Fatime et Ali

TACMASJe veux que tout ici soit heureux comme moi.

TACMASAli, je t'accorde Fatime,

TACMASSon déguisement t'exprime

TACMASL'ardeur qu'elle sent pour toi.

SYSTEMFATIME, ALI

TACMASAh! Seigneur, quel moment! Quel bonheur je vous dois!

TACMASQue de plaisirs ensemble un si beau jour amène!

SYSTEMTACMAS, ZAÏRE, FATIME, ALI

TACMASTendre amour, que pour nous ta chaîne

TACMASDure à jamais!

Prélude

Annonce de la Fête des Fleurs

à Zaïre

TACMASOn vient ... Voyez les jeux, augmentez leurs attraits!

SYSTEMSCÈNE 8

La Fête des Fleurs.

La ferme s'ouvre; alors tout le théâtre représente des berceaux illuminés et décorés de guirlandes et de pots de fleurs. Des symphonistes et des esclaves chantants sont distribués dans des balcons et des feuillages. D'aimables odalisques de diverses nations de l'Asie portent dans leurs habits les fleurs les plus belles: l'une a pour parure la rose; l'autre, la jonquille; enfin toutes se singularisent par des fleurs différentes.

Marche

SYSTEMCHOEUR

TACMASDans le sein de Thétis précipitez vos feux,

TACMASFuyez, astre du jour, laissez régner les ombres!

TACMASNuit, étendez vos voiles sombres!

TACMASVos tranquilles moments favorisent nos jeux.

à Zaïre

TACMASL'éclat des roses les plus belles

Disparaît bientôt avec elles;

TACMASEn vain sur ce bord fortuné,

TACMASÀ chaque instant il en naît d'autres,

TACMASIl est moins orné par leurs attraits que par les vôtres.

ZAÏRETriomphez, agréables fleurs!

ZAÏRERépandez vos parfums,

ZAÏRERanimez vos couleurs!

SYSTEMCHOEUR

ZAÏRETriomphez, agréables fleurs!

ZAÏRERépandez vos parfums,

ZAÏRERanimez vos couleurs!

ZAÏREC'est parmi vous qu'Amour cache sous la verdure

ZAÏRESes feux les plus ardents, ses plus aimables traits.

ZAÏRELe printemps vous doit ses attraits,

ZAÏREVous parez la saison qui pare la nature.

ZAÏREVous tenez le rang suprême

ZAÏRESur le bord de nos ruisseaux;

ZAÏREEt vous embellissez, dans les jours les plus beaux,

ZAÏRELa beauté même.

SYSTEMCHOEUR

ZAÏRETriomphez, agréables fleurs!

ZAÏRERépandez vos parfums,

ZAÏRERanimez vos couleurs!

ZAÏREer

Air pour les Persans

ZAÏREe

Air pour les Persans

FATIMEPapillon inconstant,

FATIMEVole dans ce bocage!

FATIMEArrête-toi,

FATIMESuspends le cours

FATIMEDe ta flamme volage!

FATIMEJamais si belles fleurs, sous ce naissant ombrage,

FATIMEN'ont mérité de fixer tes amours.

Ballet des Fleurs

Ce ballet représente pittoresquement le sort des Fleurs dans un jardin. On les a personnifiées ainsi que Borée, les Aquilons et Zéphire, pour donner de l'âme à cette peinture galante, exécutée par d'aimables esclaves de l'un et l'autre sexe. D'abord les Fleurs choisis qui peuvent briller davantage au théâtre dansent ensemble et forment un parterre qui varie à chaque instant. La Rose, leur reine, danse seule. La fête est interrompue par un orage qu'amène Borée; les Fleurs en éprouvent de la colère; la Rose résiste plus longtemps à l'ennemi qui la persécute: les pas de Borée expriment son impétuosité et sa fureur; les attitudes de la Rose peignent sa douceur et ses craintes. Zéphire arrive avec la clarté renaissante; il ranime et relève les Fleurs abattues par la tempête, et termine leur triomphe et le sien par les hommages que sa tendresse rend à la Rose.

FATIMEer

Air pour les Fleurs

FATIMEe

Air pour les Fleurs

Gavotte en rondeau

Orage

Air pour Borée

FATIMEer

Air pour Zéphire

FATIMEe

Air pour Zéphire

Air pour les Fleurs

Gavotte

NOUVELLE ENTRÉELes Sauvages

Le théâtre représente un bosquet d'une forêt de l'Amérique, voisine des colonies françaises et espagnoles où doit se célébrer la cérémonie du Grand Calumet de la Paix.

SYSTEMSCÈNE 1

Adario commandant les guerriers de la nation sauvage.

On entend les fanfares des trompettes françaises.

ADARIONos guerriers, par mon ordre unis à nos vainqueurs,

ADARIOVont ici de la paix célébrer les douceurs;

ADARIOMon coeur seul dans ces lieux trouve encor des alarmes.

ADARIOJe vois deux étrangers illustres par les armes,

ADARIOÉpris de l'objet de mes voeux;

ADARIOJe crains leurs soupirs dangereux,

ADARIOEt que leur sort brillant pour Zima n'ait des charmes.

ADARIORivaux de mes exploits, rivaux de mes a ours,

ADARIOHélas! dois-je toujours

ADARIOVous céder la victoire?

ADARIONe paraissez-vous dans nos bois

ADARIOQue pour triompher à la fois

ADARIODe ma tendresse et de ma gloire?

apercevant ses rivaux

ADARIOCiel! Ils cherchent Zima ... voudrait-elle changer?

ADARIOCachons-nous ... apprenons ce que je dois en croire!

ADARIOSachons et si je dois et sur qui me venger!

Il se cache à l'entrée de la forêt et les observe.

SYSTEMSCÈNE 2

Damon, officier français, Don Alvar, officier espagnol, Adario caché.

SYSTEMALVAR

ADARIODamon, quelle vaine espérance

ADARIOSur les pas de Zima vous attache aujourd'hui?

ADARIOVous outragez l'amour, et vous comptez sur lui!

ADARIOCroyez-vous ses faveurs le prix de l'inconstance?

DAMONL'inconstance ne doit blesser

DAMONQue les attraits qu'on abandonne.

DAMONNon, le fils de Vénus ne peut pas s'offenser

DAMONLorsque nous recevons tous les traits qu'il nous donne.

DAMONUn coeur qui change chaque jour,

DAMONChaque jour fait pour lui des conquêtes nouvelles,

DAMONLes fidèles amants font la gloire des belles,

DAMONMais les amants légers font celle de l'amour.

DAMONDan sces lieux fortunés c'est ainsi que l'on pense;

DAMONDe la tyrannique constance

Les coeurs n'y suivent point les lois.

SYSTEMALVAR

apercevant Zima

DAMONTout les prescrit au mien ...

DAMONC'est Zima que je vois!

SYSTEMSCÈNE 3

Zima, fille du chef de la nation sauvage, Alvar, Damon, Adario caché

SYSTEMALVAR

à Zima

DAMONNe puis-je vous fléchir par ma persévérance?

à Zima

DAMONNe vous lassez-vous point de votre indifférence?

ZIMAVous aspirez tous deux à mériter mon choix;

ZIMAApprenez que l'amour sait plaire dans nos bois!

ZIMANous suivons sur nos bord l'innocente nature,

ZIMAEt nous n'aimons que d'un amour sans art.

ZIMANotre bouche et nos yeux ignorent l'imposture;

ZIMASous cette riante verdure,

ZIMAS'il éclate un soupir, s'il échappe un regard,

ZIMAC'est du coeur qu'il part.

SYSTEMDAMON, ALVAR

ZIMAVous décidez pour moi; j'obtiens votre suffrage.

ZIMAAh! Quel heureux instant!

SYSTEMALVAR

ZIMALa nature qui seule attire votre hommage

ZIMANous dit qu'il faut être constant.

DAMONElle prouve à nos yeux qu'il faut être volage.

DAMONLa terre, les cieux et les mers

DAMONNous offrent tour à tour cent spectacles divers;

DAMONLes plus beaux jours entr'eux ont de la différence;

DAMONN'est-il défendu qu'à nos coeurs

DAMONDe goûter les douceurs

DAMONQue verse partout l'inconstance?

à Zima

DAMONVoilà vos sentiments ... dans vos sages climats

L'inconstance n'est point un crime.

ZIMANon, mais vous oubliez, ou vous ne savez pas

ZIMADans quel temps l'inconstance est pour nous légitime.

ZIMALe choeur change à son gré dans cet heureux séjour;

ZIMAParmi nos amants, c'est l'usage

ZIMADe ne pas contraindre l'amour;

ZIMAMais dès que l'hymen nous engage,

ZIMALe choeur ne change plus dans cet heureux séjour.

SYSTEMALVAR

montrant Damon

ZIMAL'habitant des bords de la Seine

ZIMAN'est jamais moins arrêté

ZIMAQue lorsque l'hymen l'enchaîne;

ZIMAIl se fait un gonneur de sa légèreté;

ZIMAEt pour l'épouse la plus belle

ZIMAIl rougirait d'être fidèle.

montrant Alvar

DAMONLes époux les plus soupçonneux

DAMONDu Tage habitent les rives,

DAMONLà, mille beautés plaitives

DAMONReçoivent de l'hymen des fers et non des noeuds;

DAMONVous ne voyez jamais autour de ces captives

DAMONVoltiger les Ris et les Jeux.

DAMONBelle Zima, craignez un si triste esclavage!

SYSTEMALVAR

à Zima

DAMONCédez, cédez enfin à mes soins empressés!

ZIMAJe ne veux d'un époux ni jaloux ni volage.

à l'espagnol

ZIMAVous aimez trop,

au français

ZIMAEt vous, vous n'aimez pas assez.

SYSTEMALVAR

ZIMAQue vois-je?

SYSTEMSCÈNE 4

Zima, Damon, Alvar, Adario

Adario sortant avec vivacité de la forêt, Zima, charmée de son transport, lui présente la main.

ZIMAC'est l'amant que mon coeur vous préfère.

SYSTEMALVAR

les apercevant

ZIMAOsez-vous prononcer un arrêt di fatal!

ZIMADans nos forêts on est sincère.

SYSTEMALVAR

montrant Adario

ZIMAJe saurai m'immoler un odieux rival.

fièrement, à Alvar

ADARIOJe craignais ton amour, je crains peu ta colère.

SYSTEMALVAR

l'arrêtant

ADARIOC'en est trop ...

arrêtant Alvar

DAMONArrêtez ...

SYSTEMALVAR

surpris

DAMONDamon, y pensez-vous?

DAMONQuoi, c'est vous qui prenez contre moi sa défense?

à Alvar

DAMONJ'ai trop protégé l'inconstance

DAMONPour ne pas m'opposer à l'injuste courroux

DAMONQui vous est inspiré par la persévérance.

On entend un prélude qui annonce la fête.

DAMONDéjà, dans les bois d'alentour,

DAMONJ'entends de nos guerriers les bruyantes trompettes.

DAMONLeur sons n'effrayent plus ces aimables retraites;

DAMONDes charmes de la paix ils marquent le retour.

à Alvar

DAMONÀ vos tristes regrets dérobez ce beau jour!

DAMONQue le plaisir avec nous vous arrête!

SYSTEMALVAR

s'éloignant

DAMONHélas! Je vais chercher un malheureux amour.

le suivant

DAMONVenez plutôt l'amuser à la fête!

SYSTEMSCÈNE 5

Adario, Zima

ADARIOJe ne vous peindrai point les transports de mon coeur,

ADARIOBelle Zima, jugez-en par le vôtre!

ADARIOEn comblant mon bonheur

ADARIOVous montrez qu'une égale ardeur

ADARIONous enflamme l'un et l'autre.

ZIMADe l'amour le plus tendre éprouvez la douceur!

ZIMAJe vous dois la préférence.

ZIMADe vous à vos rivaux je vois la différence:

ZIMAL'un s'abandonne à la fureur,

ZIMAEt l'autre perd mon coeur avec indifférence.

ZIMANous ignorons ce calme et cette violence.

ZIMASur nos bords l'amour vole et prévient nos désirs.

ZIMADans notre paisible retraite

ZIMAOn n'entend murmurer que l'onde et les zéphirs;

ZIMAJamais l'écho n'y répète

ZIMADe regrets ni de soupirs.

ADARIOViens, hymen, hâte-toi, suis l'amour qui t'appelle.

SYSTEMZIMA, ADARIO

ADARIOHymen, viens nous unir d'une chaîne éternelle!

ADARIOViens encore de la paix embellir les beaux jours!

ADARIOViens! Je te promets d'être fidèle.

ADARIOTu sais nous enchaîner et nous plaire toujours.

ADARIOViens! Je te promets d'être fidèle.

SYSTEMSCÈNE 6

Zima, Adario, Françaises en habits d'amazones, guerriers français et sauvages, sauvagesses, bergers de la colonie.

aux savages

ADARIOBannissons les tristes alarmes!

ADARIONos vainqueurs nous rendent la paix.

ADARIOPartageons leurs plaisirs, ne craignons plus leurs armes!

ADARIOSur nos tranquilles bords qu'Amour seul à jamais

ADARIOFasse briller ses feux, vienne lancer ses traits!

SYSTEMCHOEUR DES SAUVAGES

ADARIOBannissons les tristes alarmes!

ADARIONos vainqueurs nous rendent la paix.

ADARIOPartageons leurs plaisirs, ne craignons plus leurs armes!

ADARIOSur nos tranquilles bords qu'Amour seul à jamais

ADARIOFasse briller ses feux, vienne lancer ses traits!

Danse du Grand Calumet de la Paix, exécutée par les Sauvages.

Rondeau

SYSTEMZIMA, ADARIO

ADARIOForêts paisibles,

ADARIOJamais un vain désir ne trouble ici nos coeurs.

ADARIOS'ils sont sensibles,

ADARIOFortune, ce n'est pas au prix de tes faveurs.

SYSTEMCHOEUR DES SAUVAGES

ADARIOForêts paisibles,

ADARIOJamais un vain désir ne trouble ici nos coeurs.

ADARIOS'ils sont sensibles,

ADARIOFortune, ce n'est pas au prix de tes faveurs.

SYSTEMZIMA, ADARIO

ADARIODans nos retraites,

ADARIOGrandeur, ne viens jamais

ADARIOOffrir tes faux attraits!

ADARIOCiel, tu les as faites

ADARIOPour l'innocence et pour la paix.

ADARIOJouissons dans nos asiles,

ADARIOJouissons des biens tranquilles!

ADARIOAh! peut-on être heureux,

ADARIOQuand on forme d'autres voeux?

ADARIOer

Menuet pour les Guerriers et les Amazones

ADARIOe

Menuet

Prélude

ZIMARégnez, plaisirs et jeux! Triomphez dans nos bois!

ZIMANous n'y connaissons que vos lois.

ZIMATout ce qui blesse

ZIMALa tendresse

ZIMAEst ignoré dans nos ardeurs.

ZIMALa nature qui fit nos coeurs

Prend soin de les guider sans cesse.

Chaconne