Aoua!
Ravel, Maurice
Aoua! Aoua! Méfiez-vous des blancs, habitans du rivage.
Du tems de nos pères, des blancs descendirent dans cette île.
On leur dit: Voilà des terres, que vos femmes les cultivent;
soyez justes, soyez bons, et devenez nos frères.
Les blancs promirent, et cependant ils faisoient des retranchements.
Un fort menaçant s'éleva; le tonnerre fut renfermé dans des bouches d'airain;
leurs prêtres voulurent nous donner un Dieu Que nous ne connoissons pas;
ils parlèrent enfin d'obéissance et d'esclavage.
Plûtot la mort! Le carnage fut long et terrible;
mais malgré la foudre qu'ils vomissoient et qui écrasoit
des armées entières, ils furent tous exterminés.
Aoua! Aoua! Méfiez-vous des blancs.
Nous avons vu de nouveaux tyrans, plus forts et plus nombreux,
planter leur pavillons sur lerivage.
Le ciel a combattu pour nous. Il a fait tomber sur eux les pluies,
les tempêtes et les vents empoisonnés. Ils ne sont plus,
et nous vivons, et nous vivons libres. Aoua Aoua!
Méfiez-vous des blancs, habitans du rivage.