Nahandove

Ravel, Maurice

Nahandove, ô belle Nahandove! L'oiseau nocturne a

commencé ses cris, la pleine lune brille sur ma tête, et

la rosée naissante humecte mes cheveux.

Voici l'heure; qui peut t'arrêter, Nahandove, ô belle

Nahandove!

Le lit de feuilles est préparé; je l'ai parsemé de

fleurs et d'herbes odoriférantes; il est digne de tes

charmes, Nahandove, ô belle Nahandove!

Elle vient. J'ai reconnu la respiration précipitée

que donne une marche rapide; j'entends le

froissement de la pagne qui l'enveloppe; c'est elle, c'est

Nahandove, la belle Nahandove!

Reprends haleine, ma jeune amie; repose-toi sur

mes genoux. Que ton regard est enchanteur! Que le mouvement

de ton sein est vif et délicieux sous la main qui le presse!

Tu souris, Nahandove, ô belle Nahandove!

Tes baisers pénètrent jusqu'à l'âme; tes caresses brûlent tous mes sens;

arrête, ou je vais mourir. Meurt-on de volupté, Nahandove, ô belle Nahandove!

Le plaisir passe comme un éclair. Ta douce haleine s'affoiblit,

tes yeux humides se referment, ta tête se penche mollement, et tes

transports s'éteignent dans la langueur. Jamais tu ne fus si belle,

Nahandove, ô belle Nahandove!

Tu pars, et je vais languir dans les regrets et les désirs.

Je languirai jusqu'au soir. Tureviendras ce soir,

Nahandove, ô belle Nahandove!