Les bayadères
Ravel, Maurice
Les bayadères
Tournent légères
Au bourdonnement du tambour.
Une caresse
Enchanteresse
Dort dans leurs yeux chargés d'amour.
[Elles s'élancent
Ou se balancent],
On entrevoit sous le satin
Les molles hanches,
Fauves ou blanches
Comme les clartés du matin.
A leur cheville
S'enroule et brille
Un long serpent aux anneaux d'or,
Qui choqués sonnent
Tintent, frissonnent,
Quand le pied nu prend son essor.
A leur oreille
Est-ce une abeille?
La musique imite le bruit
Tout atour d'elles
D'un fin bruit d'ailes,
Qui les irrite et les poursuit.
La plus craintive
Sent que furtive
L'abeille a glissé dans son sein;
L'écharpe vole;
La gorge folle
Veut échapper à l'assassin.
Et la danseuse,
Soudain rieuse,
Vite recache ses seins blancs.
Tambours et flûte,
Après la lutte,
Soupirent sur des rythmes lents.
Étoile ou lune,
Pâle, chacune,
Tourne alors, tourne doucement:
Leurs yeux de flamme
Attirent l'âme
Et les désirs comme un aimant.
Devant ces femmes
Rêvent des brahmes,
Murmurant tout bas d'anciens vers;
Leur esprit pense
A cette danse
Où flotte éperdu l'univers.