Fleur fanée

Reynaldo Hahn

Cette fleur, autrefois donnée,

A gardé l'odeur d'un beau sein,

Il s'en échappe tout l'essaim

Des souvenirs d'une autre année

Où la blancheur au pur dessin

Charma quelque âme fortunée.

Heureuse fut la matinée,

Qui t'embaumait, ô fleur fanée,

A qui le temps, doux assasin,

Fit une mort si fortunée.

Il n'a tué que ton dessin,

Non les rêves de cette année,

Dont, sur toi, flotte tout l'essaim.

Et j'y sens, autour d'un beau sein,

L'odeur d'amour, par toi donnée,

Ô fleur, que je garde à dessein!