Je me souviens
Reynaldo Hahn
Je me souviens, je me souviens
Des beaux jours de notre tendresse,
Des clairs instants, des entretiens,
Dont le rappel m'oppresse.
Je me souviens, je me souviens,
Tous nos rêves étaient les mêmes,
Tous tes bonheurs étaient les miens -
Bonheur de ceux qui s'aiment.
Te souvient-il encor
De ce subtil accord?
Brodé sur un thème
Si faible et si fort,
Quand nos lèvres un soir
Où vibrait notre espoir,
Unirent dans l'ombre leurs fièvres?
Suprême au revoir;
Pour moi les ans ont passé.
Rien ne semble effacé.
Je me souviens, je me souviens,
Tout semblait un heureux présage,
Nos souvenirs sont nos seuls biens,
Ils ont un frais visage.
Je me souviens, je me souviens!
Pour qu'en toi je me reconnaisse.
Quel sortilège est donc le tien?
Vers toi je viens, je viens
Retrouver ma jeunesse.
Ah! pourrai-je bannir
Tous nos étranges souvenirs!
Je crois entendre
L'écho lointain
De ta voix claire et tendre,
Quand nos coeurs sans détours
Cherchaient à deux,
Cherchaient l'Amour!