Le Vallon de Tréboul
Reynaldo Hahn
À deux pas de la mer qu'on entend bourdonner,
Je sais un coin perdu de la terre bretonne
Où j'aurais tant aimé, pendant les jours d'automne,
Chère, à vous emmener!
Des chênes faisant cercle autour d'une fontaine,
Quelques hêtres épars, un vieux moulin désert,
Une source dont l'eau vive a le reflet vert
De vos yeux de sirène;
Du silence, un air pur qu'on boit à pleins poumons,
Un horizon fermé par un champ de bruyère,
C'est tout; -- la vie aurait tenu là tout entière
Pour nous qui nous aimons.
La mésange, au matin, sous la feuille jaunie,
Aurait chanté pour nous, et la mer nuit et jour
Aurait accompagné nos caresses d'amour
De sa basse infinie.
Sur ce sol où toujours la légende aux fleurs d'or
Pousse un nouveau bouton qui jamais ne se fane;
Au bord de ces forêts où près de Viviane
Merlin enchanté dort;
Le men-hir, l'alouette ouvrant ses jeunes ailes,
Le pâtre qui chemine en chantant un vieux lai
Du temps du roi Grâlon, tout nous aurait parlé
Des choses éternelles.
« Aimez! » eût dit l'eau vive avec ce bruit si doux
Qu'elle fait en tombant au creux de la fontaine;
« Aimez! que votre amour soit fort comme le chêne
Et vert comme le houx! »
Les étoiles, témoins des soupirs de Genièvre,
Nous auraient dit: « Aimez! » et l'écho de l'étang
Qui compta les baisers d'Iseult et de Tristan:
« Aimez à pleine lèvre! »
Là, nous aurions vécu, le cœur tout près du cœur,
Oublieux, oubliés, et notre amour, mignonne,
Eût grandi dans ce coin de la terre bretonne,
La terre où rien ne meurt.