Le vase brisé

Richard Maquet

Le vase où meurt cette vervaine

D'un coup d'éventail fut fêlé;

Le coup dut l'effleurer à peine,

Aucun bruit ne l'a révélé.

Mais la légère meurtrissure,

Mordant le cristal chaque jour,

D'une marche invisible et sûre

En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,

Le suc des fleurs s'est épuisé;

Personne encore ne s'en doute,

N'y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu'on aime

Effleurant le coeur, le meurtrit;

Puis le cœur se fend de lui-même,

La fleur de son amour périt;

Toujours intact aux yeux du monde,

Il sent croître et pleurer tout bas

Sa blessure fine et profonde:

Il est brisé, n'y touchez pas.