Poème d'adieu

J. Ropartz

Je t'apporte, buisson de roses funéraires,

Ces vers à toi déjà lointaine et presque morte,

Ô douloureuse enfant qui passes dans mes rêves;

Moi qui t'ai vue heureuse et belle, je t'apporte

Ces vers, comme un bouquet de lys sur ta beauté

Tu sus trop tôt que l'homme est âprement mauvais

Et le sel de la vie à ta lèvre est resté.

Ton sourire autrefois s'ouvrait en ciel de Mai,

Et les voiles de tes paupières renfermaient

Des prunel les d'azur pareilles sous les cils

A des vierges en fleur dans l'ombre nuptiale.

Et quel qu'un te laissa solitaire, Ariane

Sur la grève, vouée à l'éternel exil.

La chaude volupté qui couvait dans ta chair

Trempait d'un flot de pourpre ardente et magnifique

Ton teint si délicat qu'il semblait tissé d'air

Et ton âme faisait frémir ta lèvre fine.

Je t'ai secrètement aimée, ô pauvre fille,

Dans tes heures de joie, à tes heures de peine

Surtout, et j'ai pitié de toi puisque je t'aime.

Ces vers voudraient pleurer la splendeur de ton corps

Qui ne connaîtra pas l'amour, accepte-les:

Et dans ton morne exil sois longtemps belle encor

Comme un joyau royal dans un coffre scelle.

Adieu, tu ne peux pas m'aimer, tu ne dois pas Savoir...

J'aurais voulu m'endormir dans tes bras.

Hélas! il faut pourtant recommencer à vivre!

Adieu, mélancolique enfant, âme automnale,

Ciel du soir traversé de colombes plaintives,

Ô belle et douce et pure et solitaire femme.