Le Pêcheur de Venise

S. Pilínski

Je suis le pêcheur de Venise,

La souveraine de ces mers;

Elle commande aux flots amers

Auprès de son beau golfe assise.

Au souffle embaumé du zéphir

Elle s'élève souriante,

Et la vague au loin murmurante

En esclave soumise à ses pieds vient mourir.

Je suis fier de vivre pour elle,

Moi qu'on nomme le beau pêcheur,

Elle est ma dame de mon cœur,

Je lui serai toujours fidèle.

Jamais, jamais quand fuit le jour,

A l'heure où la brume s'élance,

Je n'ai parlé dans le silence

A quelque jeune fille en des termes d'amour.

Je suis connu dans les campagnes,

Sur le golfe et dans les palais,

Je possède tous les secrets

Des grands de leur douces compagnes.

Le soir quand les feux éclatants

Guident au loin les promenades,

Ma voix mêlée aux sérénades

Valut une caresse à plus de mille amants.

Ne craignez rien là sous ma tente,

Vos caresses, vos doux baisers

A moi-même sont étrangers,

Car mon bras rame et ma voix chante.

Endormez-vous dans vos amours;

Venez, la nuit est douce et belle,

Et je suis le pêcheur fidèle,

Le pêcheur de Venise aux célestes atours.