Hebé

T. Campra

Recitatif mesuré

Dans les jardins d'Hebé quel Dieu guide mes pas,

C'est l'Amour! je le vois, qu'il m'est doux de le suivre;

Il bannit la raison de ces heureux climats

Mortels! c'est un plaisir de vivre

Où la raison ne nous fuit pas.

Air

Severe sagesse

Fais à la vieillesse

Respecter tes droits;

Souffre à la jeunesse

De plus douces loix.

Pourquoi tes maximes,

Font-elle des crimes

Des tendres plaisirs!

Ne te fais plus craindre,

Cesse de contraindre

Ses ardens desirs.

Loin de les deffendre,

Laisse-nous entendre,

Dans nôtre printemps,

Que c'est estre sage,

De mettre en usage

Ces heureux instants.

Recitatif

Mais c'est trop differer, entrons dans ces bocages

Séjour fortuné des plaisirs,

Ces vives Fleurs, ces verds feuillages,

N'ont jamais des hivers ressenti les outrages.

Mesuré

Que d'Oiseaux enchantez, que d'aimables Zéphirs,

Que d'amours et d'Amants, sous ces charmants ombrages;

Sur un Trône brillant de Fleurs

La Déesse de la jeunesse

Par ces divins accents excite tous les coeurs

A se livrer à la tendresse.

Air

Donnez le Printemps de vos jours,

Aux jeux, aux plaisirs, aux Amours.

Les Eaux d'une rapide course

Vont par mille chemins divers,

Sans espoir de revoir leur source

Se perdre dans le sein des mers;

Ainsi notre jeunesse passe,

Nos jours ne cessent de couler,

Rien ne sauroit les rappeller,

Lorsque l'Hiver à pris sa place.

Donnez le Printemps de vos jours,

Aux jeux, aux plaisirs, aux Amours.

Le soleil, dans le sein de l'onde

Eteint chaque jour son flambeau

Et pour renaître aux yeux du monde

Il le rallume encore plus beau.

Mais lorsque sur les rives sombres

L'affreuse Parque nous conduit,

D'une éternelle et triste nuit

Rien ne peut dissiper les ombres;

Donnez le Printemps de vos jours,

Aux jeux, aux plaisirs, aux Amours.

Recitatif

C'est ainsi qu'en un lieu le plus heureux du monde,

Hebé fait entendre ses sons,

Venez, que chacun lui réponde,

Suivons ses charmantes leçons.

De ces fleurs couronnons nos têtes,

Rions, chantons, aimons et celebrons ses fêtes

Hâtons-nous… Mais ô ciel! quel fatal changement.

Tout disparoît en un moment.

Un triste souvenir, est tout ce qui me reste.

Helas! de nos beaux jours, c'est l'image funeste

Ce n'étoit qu'un enchantement.

Ariette

L'Amour comme un aimable songe

Regne dans la jeune saison,

Bien-tôt les ans et la raison

Viennent dissiper ce mensonge.

Il s'envole comme un Zéphir;

Si-tôt que la vieillesse arrive

On s'aperçoit que le plaisir

N'est rien qu'une ombre fugitive.

L'Amour comme un aimable songe...