Sur la mer

V. d'Indy

Sur la mer la brume grise est répandue.

Comme un aigle elle plane et s'étend.

Les vaisseaux, mornes et lents, glissent sans bruit sur l'onde,

et les pilotes pieux cherchent leur chemin dans l'ombre.

Mais, à l'horizon terne, parait une rose lueur.

Un cercle d'or frange la nue.

Un oblique rayon se glisse sur les flots.

Tout s'éclaire, tout scintille, tout s'illumine.

C'est l'aurore! C'est le jour! C'est le Soleil!

O Soleil, centre du monde, astre pur, astre vainqueur,

en tes baisers, l'ardente Nature puise la force et la beauté.

O grand Soleil, pure lumière, astre d'or, astre d'amour,

en tes baisers, en tes chaudes caresses, o roi!

le monde entier puise la force et la beauté.

Mais, le disque immense se voile et disparaît...

A peine un rayon s'échappe encore...

La lueur s'enfuit. La jaune lueur s'éteint sous le brouillard plus fort;

tout est sombre; tout est mort!

Sur la mer la brume grise est revenue.

Plus épaisse elle roule et s'épand.

Les pilotes, plus soucieux, cherchent des yeux la côte;

et les récifs, noirs tombeaux, dressent leurs soudains fantômes.

Sur la mer la brume grise est répandue.

Comme un aigle elle plane et s'étend.