Le cheval mort

W. Eisma

LE FOSSOYEUR. -- Je vous vendrai de l'os pour fabriquer des boutons.

LE PIALEY. -- Je vous vendrai de l'os pour garnir le manche de vos

poignards.

La Boutique de l'Armurier.

La voirie! et à gauche, sous un gazon de trèfle et de luzerne, les

sépultures d'un cimetière; à droite, un gibet suspendu qui

demande aux passants l'aumône comme un manchot.

Celui-là, tué d'hier, les loups lui ont déchiqueté la

chair sur le col en si longues aiguillettes qu'on le dirait paré encore pour la

cavalcade d'une touffe de rubans rouges.

Chaque nuit, dès que la lune blêmira le ciel, cette carcasse s'envolera,

enfourchée par une sorcière qui l'éperonnera de l'os pointu

de son talon, la bise soufflant dans l'orgue de ses flancs caverneux.

Et s'il était à cette heure taciturne un oeil sans sommeil, ouvert dans

quelque fosse du champ de repos, il se fermerait soudain, de peur de voir un spectre

dans les étoiles.

Déjà la lune elle-même, clignant un oeil, ne luit plus de l'autre

que pour éclairer comme une chandelle flottante ce chien, maigre vagabond,

qui lape l'eau d'un étang.