Taliesin
A. Bertelin
Il disait qu'il avait été tour à tour
chêne, oiseau, épée, lyre aux mains
des anciens bardes.
(Légende celtique.)
J'étais dans l'arbre au temps passé,
Les printemps ont gonflé ma sève;
Dans l'air d'autrefois j'ai versé
Ma plainte, mes soupirs, mon rêve:
C'est pourquoi mon âme souvent
Comme une forêt qui résonne,
Comme un arbre agité du vent,
Soupire, retentit, frissonne.
Aigle, un jour, les vents m'ont porté,
Et sur les neiges éternelles,
Ivre d'air et d'immensité,
Largement j'ai battu des ailes:
C'est pourquoi si haut dans les cieux
S'envole et plane ma pensée,
Les soirs, lorsque je suis des yeux
La lune par la nuit bercée.
Aux temps anciens j'ai combattu:
J'étais hache, j'étais épée;
Ô mon âme, te souviens-tu
Du sang rouge où tu t'es trempée?
Et c'est pourquoi sur les méchants,
Sans pitié, sans mercis ni trêves,
Parfois mes vers frappent tranchants,
Tranchants et lourds comme des glaives!
Et fou, si dans le même jour
Vous m'entendez pleurer et rire,
C'est que jadis, vibrant d'amour,
Je fus les cordes d'une lyre!