Le Jardin
A. Cahen d’Anvers
C'était dans un jardin plein de fleurs et de roses,
Et l'amour s'unissait à la gloire des Cieux
Pour chasser les désirs et les langueurs moroses
Et bénir ma pensée en enchantant mes yeux.
Les Anges descendaient dans le jardin mystique
Et les femmes, offrant de merveilleuses fleurs,
Répondaient par leurs chants au céleste cantique,
Chants doux comme leur grâce et purs comme leurs cœurs.
Et nous abandonnions aux heures fortunées
Nos rêves, nos chansons, nos rires, nos baisers,
Affranchis de la mort comme des destinées,
Rois par l'oubli du mal et de nos fers brisés.
C'était la liberté, les longues causeries,
Les profonds souvenirs et l'espoir immortel,
Les jeux et le repos dans les fraiches prairies,
La jeunesse du monde et la beauté du Ciel.
C'était l'amour, la paix, la vie et la lumière,
L'amour, qui guérit l'âme et possédera Dieu;
L'amour, vivant éclat des roses du mystère,
Ciel brillant de rayons et couronné de feu.
*
Le vent du soir tombait en plaintes étouffées...
L'épouse de ses bras m'enlaçait doucement,
Et l'odeur de la mer se mêlait par bouffées,
Aux parfums que les fleurs exhalent en dormant.
L'unité de nos cœurs et l'extase infinie
Exaltaient mon amour au delà du désir
Pour posséder en moi l'essence de Sa vie
Et le frisson divin qui ne peut pas mourir.
Nos lèvres et nos mains s'unirent en silence...
Les cieux tremblant d'amour et de bonheur fervent,
Aux Anges enivrés chantaient notre espérance,
Et nos cœurs, sans mourir, voyaient le Dieu vivant.